Le CA réuni ce lundi 7 avril a délibéré sur le maintien en exercice du Président.

A la question "souhaitez-vous que le président soit maintenu ?", les 31 membres du CA (22 élus, 8 personnalités extérieures + le Président) ont répondu à bulletins secrets :

"OUI" : 14
"NON" : 14
abstentions : 3


La voix du Président étant prépondérante en cas d'égalité,
le Président Singaravélou est maintenu dans ses fonctions jusqu'à la fin de son mandat (mars 2009).

14 élus ont, par la voix de leur porte-parole, annoncé clairement qu'ils voteraient contre le maintien du Président. Il s'agit des élus PAR, des trois élus BIATOS et de quatre élus étudiants (ARB3, Cé, Oxygène, Sud).

Malgré l'expression claire de ces 14 membres du personnel ou étudiants sur les 22 élus du CA, force est de constater qu'elle n'a pas suffi à interrompre le mandat du Président Singaravélou.


Voici l'intégralité de l'intervention de Patrice Brun prononcée
, au nom des élus PAR, lors de ce CA :



Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’Administration,

 

            Nous sommes réunis ce jour conformément à l’article 43 de la loi LRU qui prévoit, après les élections aux trois conseils et la désignation des membres extérieurs, je cite, que « le nouveau conseil d’administration délibère sur le maintien en exercice (du président) desdits présidents ». La procédure à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés est donc parfaitement normale et fidèle à la lettre et à l’esprit de la dite loi.

            La position que je défends ici, et qui est celle de l’ensemble des sept élus des listes Pour une Autre Représentativité, a toujours été claire, argumentée, et nous le croyons, cohérente. Nous sommes opposés au maintien du président en exercice pour qu’une autre gouvernance se mette en place et qu’une politique d’établissement puisse être élaborée par une équipe nouvelle répondant aux vœux d’une majorité de collègues. Je vais donc reprendre dans un premier temps les raisons pour lesquelles nous défendons cette position.

 

            La logique de l’équipe présidentielle, qui prévalait déjà avec la loi de 1984 et que renforce la loi LRU de 2007, impose en effet que soit installée dès après les élections une équipe soudée et solidaire. Si le président actuel devait être maintenu encore une année pour terminer son mandat de cinq ans, l’installation d’une nouvelle équipe, qui devra rapidement prendre des décisions quant à la réforme interne, au plan Campus, risquerait d’être perturbée par d’éventuelles tensions à la tête de l’exécutif.

            De plus, compte tenu des larges pouvoirs qui sont désormais accordés aux présidents par la loi (droit de veto sur les recrutements, nomination des comités de sélection…), nous ne pouvons laisser au seul bon vouloir du président actuellement en exercice la mise en œuvre de nos engagements, engagements approuvés par plus de 57% de nos collègues enseignants. Sans avoir été au centre de nos préoccupations durant la campagne électorale que nous avons menée, notre attitude sur le non maintien du Président a été clairement expliquée et nous croyons, là encore, avoir sur ce point l’appui d’une majorité de collègues.

            Nous avons dit – et nous le redisons aujourd’hui – que nous ne sommes mûs par aucun ressentiment individuel. Nous avons toujours dit que ne pas voter le maintien du président actuel ne relève pas d’une mise en cause de sa personne. Mais que cette réflexion ne soit pas mal interprétée : nous n’avons rien contre la personne privée mais nous avons critiqué et critiquons ici encore le mode de gouvernance qui fut celui des années passées : politique clientéliste dans l’attribution des postes et des promotions, cheminement occulte de la prise de décision, constitution de majorités volatiles sur la base de tractations individuelles ont à ce point été des pratiques récurrentes qu’il nous paraît  contraire à l’intérêt collectif de les voir se poursuivre une année de plus. Sans doute les habitudes universitaires sont-elles à ce point prégnantes qu’elles ont interdit aux uns et aux autres de dénoncer cette pratique du pouvoir autrement que mezzo voce, sans jamais la mettre sur la place publique de crainte de voir se déchaîner sur notre université les sarcasmes des uns et des autres, voire par crainte de représailles réelles ou imaginaires. Les élections du mois de février à Bordeaux 3 nous ont donné l’occasion de dénoncer ce mode de gouvernance et, sur ce point aussi, nous pensons avoir été compris et suivis. Mais aujourd’hui, alors que le président demande, selon les termes de la loi, la poursuite de son mandat, nous estimons de notre devoir d’exposer devant l’ensemble du Conseil d’Administration et en particulier aux personnalités extérieures qui n’ont pu suivre directement la campagne, cette analyse, qui n’est pas le produit de la pensée d’un groupuscule, mais celle, majoritairement partagée, de notre communauté universitaire.

            Non seulement nous ne voterons pas votre maintien, Monsieur le Président, mais si vous deviez être finalement maintenu aujourd’hui, nous ne saurions participer à l’exécutif de cette université. La force de nos convictions sur la manière dont doit être gouvernée une université, la clarté de nos engagements pris devant la communauté universitaire de Bordeaux 3 nous dictent une conduite qui n’est ni sectaire, ni manichéenne mais qui se veut à la fois honnête, respectueuse de nos électeurs et gage d’efficacité future. Il est donc vain de dire et redire que vous vous appuierez, si vous étiez maintenu, sur des élus des listes PAR, majoritaires dans les collèges enseignants, car la réponse de chacun d’entre nous sera toujours négative.

 

            Quant à la situation actuelle, nous ne saurions, comme vous le faites abusivement, parler de crise. Peut-on en effet évoquer une situation voulue par la loi comme une crise institutionnelle ? Peut-on parler comme vous l’avez fait en notre présence de « coup d’Etat » ou de « coup de force » pour qualifier l’hypothèse de votre non maintien alors qu’il ne s’agit que d’une disposition prévue par la loi elle-même ? Si crise il y a, je veux dire si les personnels vivent péniblement cette situation transitoire notamment parce que certaines décisions urgentes ne peuvent être prises et parce que la préparation de la prochaine année universitaire ne saurait souffrir d’être trop longtemps reportée, vous en êtes largement responsable. En effet, alors que les élections aux trois conseils ont eu lieu il y a sept semaines déjà, presque jour pour jour plutôt que d’accélérer la tenue des réunions du Conseil d’Administration, vous avez donné l’impression de retarder le mouvement au mépris de l’intérêt général.

            Dans ces conditions, l’idée qu’une crise serait ajoutée à la crise si vous deviez ne pas être maintenu dans vos fonctions prend la forme d’une vaine tentative de faire peur aux personnels et plus encore aux personnalités extérieures. Il faut ici les rassurer. Si vous n’êtes pas maintenu, Monsieur le Président, un administrateur provisoire prendra tout logiquement votre place comme cela s’est déjà produit de multiples fois dans l’histoire de l’Université française, y compris dans la nôtre, à charge pour lui de régler les affaires courantes et de veiller à l’élection du nouveau président. Une majorité se mettra naturellement en place et, quelle que soit l’équipe qui l’emporte, elle n’aura aucune animosité vis-à-vis de l’autre parce que nous n’avons aucun ressentiment les uns envers les autres et que nous partageons tous le sens du service public. Le nouveau président devra mettre en place une nouvelle façon de gouverner qui prenne en compte, réellement et durablement, les avis de tous, en particulier ceux des personnels BIATOSS et les étudiants, qui participeront à la création de cette nouvelle majorité. Non, Monsieur le Président, ce ne sera pas la guerre à Bordeaux 3. Tout nous porte à croire au contraire que les relations seront pacifiées et qu’une nouvelle manière de gouverner pourra se mettre en place.

 

            En réalité, ce serait de votre maintien que viendrait la véritable crise : avec qui dirigeriez-vous l’Université ? Nos sept représentants, dont je suis ici le porte-parole, ont dit et redisent publiquement qu’ils ne participeront pas à votre exécutif. La totalité des représentants BIATOS, une majorité de représentants étudiants ont publiquement annoncé qu’ils se prononceraient contre votre maintien. Des élus de la liste Montaigne 2012 ont publiquement fait état par lettre ouverte du 21 février dernier de leur souhait de votre démission en écrivant, je cite,  « il nous paraît souhaitable que le président Singaravelou se retire sans demander sa validation afin que le Conseil d’Administration réduit à ses 22 élus puisse procéder le plus rapidement possible à l’élection du futur président ». Cette urgence n’a fait que s’accentuer depuis cette date.

 

            En faisant ces remarques, je pense particulièrement aux personnalités extérieures qui ont été placées dans une position très inconfortable et qui découvrent sans doute, au fil de notre propos, la réalité de la situation actuelle. Vous avez, messieurs, un rôle essentiel à jouer au sein du Conseil d’Administration. En temps normal, vous aidez par votre présence, par vos conseils, par vos remarques, à l’ouverture de nos universités sur le monde social et professionnel et Bordeaux 3, vous le savez, en a particulièrement besoin. Ne pas voter le maintien du président est donc le premier acte de la naissance d’une majorité nouvelle, en accord avec un très large soutien des personnels enseignants, des personnels administratifs et des étudiants.

            En effet, si vous étiez maintenu, monsieur le Président, ce ne pourrait être qu’avec le soutien massif des membres extérieurs plus quelques ralliements obtenus à l’issue de tractations ininterrompues depuis quelques semaines, et votre voix personnelle qui compte double en cas d’égalité. Mais alors, Monsieur le Président, si votre maintien était voté, pourrez-vous vous prévaloir d’une majorité de gouvernement ? La vérité est que, si vous étiez maintenu, vous n’en seriez pas moins minoritaire au sein des élus de l’université. Serait-ce donc là la situation sereine et apaisée que vous ne manquez pas d’appeler de vos vœux, le contexte favorable à l’émergence d’une nouvelle équipe qui vous remplacerait le moment venu ? Ne serait-ce pas plutôt l’organisation d’une crise institutionnelle ?

 

            Enfin, et j’en terminerai par là, vous prétendez que votre non maintien à la présidence de Bordeaux 3, en vous privant subséquemment de la présidence du PRES, représenterait un grand malheur pour Bordeaux 3. C’est une menace, ce n’est pas un argument. Ou pire : cela suggère une interprétation maladroite et dangereuse des objectifs et du fonctionnement des Pôles Régionaux d’Enseignement Supérieur. Cette position semble signifier que, dans votre esprit, le Président du PRES peut favoriser indûment sa propre université au détriment des autres et que, durant les années précédentes, Bordeaux 3 aurait été dépouillée d’avantages que vous espérez récupérer à la tête du PRES. Il s’agirait là d’une curieuse application du regroupement des forces. La présidence tournante, qui viendra en son temps à Bordeaux 3, certes honorifique, offre à son détenteur plus de devoirs que de droits – sinon de représenter le pôle Bordeaux Université un peu partout en France, en Europe et dans le monde. Nous considérons donc l’argument de la présidence du PRES comme nul et non avenu pour la conduite, par exemple, des projets du site de Bordeaux pour le plan Campus décidé par le gouvernement. Les projets actuellement en phase d’élaboration, qui seront portés par le PRES, sont avant tout l’émanation de ce qui se fait dans chacune des universités de Bordeaux – et nous y travaillons tous, à nos places respectives, en élaborant dès maintenant ce que pourraient être les propositions pour Bordeaux 3, qui doivent être déposées le 30 avril.


            Telle est, Monsieur le Président, mesdames et messieurs les membres du Conseil d’Administration, la position que nous défendons. Elle ne se veut ni agressive, ni revancharde. Elle est le fruit d’une analyse de la situation de notre université, analyse que nous avons défendue lors de la campagne électorale, qui a été ratifiée par le résultat que nous avons obtenu le 19 février dans les collèges enseignants et que nous continuons et plus que jamais à considérer comme pertinente. Vous avez été élu en 2004 par un collège électoral lui-même élu en 2001. Cette légitimité dont vous vous prévalez, déjà entamée par les élections aux trois Conseils de 2005, a été largement érodée par celles du mois de février 2008 qui ont fait apparaître une nouvelle légitimité dont nous sommes ici collectivement les représentants. Vous avez face à vous un conseil qui va devoir prendre acte de ces changements et que j’appelle donc à voter contre votre maintien.

         Nous tous ici rassemblés, enseignants-chercheurs, BIATOSS, étudiants, personnalités extérieures, en nous exprimant ainsi, nous pouvons ouvrir la voie à de nouvelles élections à la présidence, qui permettront de respecter la volonté des électeurs et d’assurer au futur président, quel qu’il soit, la stabilité, la cohérence et l’efficacité dans l’exercice de ses responsabilités.

 



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