Le Conseil d'administration réduit aux élus s'est réuni ce vendredi 20 mars pour procéder à l'élection du nouveau président de l'université qui prendra ses fonctions le 1er avril prochain.

2 candidats s'étaient présentés :
Philippe Baudorre et Patrice Brun

Votants : 22 élus

Enseignants et enseignants chercheurs
Liste Montaigne 2012 : 7 élus (6 collège A + 1 collège B)
Liste Par : 7 élus (1 collège B + 6 collège A)

Biatoss
Sgen-Cfdt : 1 élu
CGT : 1 élu
Unsa : 1 élu

Etudiants
UNEF : 1 élu
ARB3 : 1 élu
Oxygène : 1élu
La Cé : 1 élu
Sud : 1 élu


Résultats du scrutin au premier tour

Patrice Brun : 14 voix
Philippe Baudorre : 7 voix
abstentions : 1


Patrice Brun est élu Président de l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3



Tous les candidats et élus des listes PAR remercient chaleureusement tous ceux qui leur ont apporté leur soutien depuis février 2008.

A l'approche de l'élection à la présidence, les élus des listes PAR aux conseils centraux renouvellent leur confiance à leur tête de liste, Patrice Brun. Les 7 élus PAR du CA rassembleront leurs voix sur son nom le vendredi 20 mars en espérant qu'une large majorité du conseil restreint aux élus s'associera à leur choix.


Les 7 élus PAR du CA  : Florence Boulerie, Marie Dinclaux, André-Frédéric Hoyaux, Jean-Paul Jourdan, Philippe Loquay, Christophe Pébarthe, Joël Richard

et les élus PAR du CEVU et du CS

 

Mesdames, Mademoiselle, Messieurs les membres du Conseil d’Administration,

Chers collègues,


Cette candidature que je présente aujourd’hui devant vous est une suite logique de l’élection aux trois conseils du 19 février 2008, à l’issue de laquelle le présent Conseil d’Administration a été formé. Il est indiscutable que la première raison de ma candidature aujourd’hui devant vous réside dans les résultats obtenus alors par les listes PAR que je menais et que seules les dispositions passablement iniques de la loi LRU ont masqués durant cette année écoulée : neuf voix d’écart en notre défaveur dans le collège A, quatre-vingt quatorze voix d’avance dans le collège B au vote du Conseil d’Administration, soit 58% des voix dans les deux collèges enseignants réunis. Il faut rappeler ces chiffres aujourd’hui pour comprendre ce qu’a été la volonté nettement affichée des personnels enseignants de l’Université de Bordeaux 3 lors de ce vote du 19 février 2008. Mais il convient sans doute de me présenter personnellement un peu mieux.


Après des études d’Histoire à Bordeaux qui m’ont amené en 1977 à l’agrégation d’Histoire, ma carrière professionnelle s’est d’abord déroulée en lycée et collèges de Seine-Maritime (où j’ai passé sept années) puis de Gironde. Parallèlement à celle-ci, j’ai engagé et soutenu une thèse de 3e cycle consacrée aux finances d’Athènes à l’époque classique, que j’ai soutenue en 1981. Mais c’est tardivement, après quatorze années d’enseignement secondaire, qu’en 1991, j’ai été élu Maître de Conférences d’Histoire Grecque à l’Université de Bordeaux 3. Titulaire d’une HDR en décembre 1995, j’ai été élu PU à l’Université du Maine en 1996, muté à Tours en 1999 avant de bénéficier d’une nouvelle élection par mutation en 2002 à Bordeaux 3. De ces passages dans plusieurs établissements pluridisciplinaires, j’ai acquis une certaine expérience des pratiques universitaires, sensiblement différentes de celles d’une université monodisciplinaire comme la nôtre, mais enrichissante car donnant une idée des rapports de force pouvant exister entre scientifiques, juristes, médecins et « littéraires », que l’on rencontre dans diverses instances comme la CPU par exemple.

Mes recherches historiques portent sur un axe géographique Athènes – Îles de l’Égée – sud-ouest de l’Asie Mineure dans l’Antiquité, cette dernière région étant devenue depuis la fin des années 80 la terre d’élection de l’équipe du Centre Radet, rattachée à Ausonius en 1992, où continuent de travailler, outre moi-même, Pierre Debord, Raymond Descat et Alain Bresson et où se prépare en douceur un changement de génération. C’est dans ce cadre qu’en 2006, un projet ANR portant sur les antiques régions de Carie et de Lycie, et dont je suis le porteur, a été accepté et est actuellement en cours. J’ajoute que je dirige depuis trois ans la vénérable institution que représente la Revue des Études Anciennes, plus que centenaire, qui paraît à un rythme semestriel.

À côté de ce travail de recherche, j’ai, depuis dix ans environ, accumulé une certaine expérience dans le domaine administratif, que j’ai abordé par le biais du syndicalisme. J’ai en effet été élu au Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER), au Conseil Technique Paritaire Universitaire (CTPU) puis au Conseil National des Universités (CNU – 21e section). J’ai également été membre de la commission des primes PEDR entre 2000 et 2005. Sur le plan local, j’ai été membre du Conseil Scientifique de 2005 à 2008 et, bien sûr, élu au Conseil d’Administration en février 2008. Dans le domaine de la pédagogie, j’ai été responsable du DEA « Sciences de l’Antiquité » et chargé par mes collègues de la mise en place du master « Sciences de l’Archéologie et du Moyen-Âge », que j’ai dirigé jusqu’en 2007, lorsque j’ai pris la direction de la Revue des Études Anciennes. Par cette évocation des responsabilités un peu fastidieuse, j’en conviens, j’ai voulu montrer que ces différentes activités m’ont permis de me frotter à des réalités universitaires qui ne me seraient pas étrangères si je devais devenir président de notre université.


Après cette présentation personnelle, il semble normal de proposer un programme d’action pour les trois années à venir. Pourtant, je pourrais faire bref car celui-ci repose sur des bases que tous vous connaissez : la première est le programme lui-même et les engagements que nous avons pris devant la communauté universitaire ; la seconde est notre action depuis le 19 février 2008 ; la troisième est ma déclaration de candidature et ma profession de foi.

Le programme dont je pense objectivement qu’il a été validé par la communauté universitaire dans sa majorité à ce moment-là peut être résumé en peu de mots : priorité à l’action sur la gestion, qui ne doit pas se résumer à une simple compétence d’ordre technique, refus de l’opacité de la prise de décision. Je ne reprendrai donc pas ici le détail des engagements précis que j’ai pris dans ma profession de foi que vous avez sans doute tous lue : j’insisterai ici plus volontiers sur l’esprit qui m’anime et qui guidera la politique que nous mènerons si je devais être élu président.

Mais tout programme se bâtit contre des pratiques que l’on peut trouver critiquables et vous me permettrez de rappeler ici ce que fut l’attitude qui prévalut en juillet dernier au moment du vote sur le passage à l’autonomie salariale et financière. Un rapport avait été remis par l’Inspection Générale, rapport qui avait servi de base à l’équipe présidentielle pour considérer que l’heure était venue de passer à l’étape des compétences élargies. Mais ce rapport, seuls quelques-uns ont pu le voir. Les élus du CA, au moins les sept élus des listes PAR et, je me le suis laissé dire, les élus BIATOS et étudiants, n’ont pas pu découvrir ce rapport dont il n’a été donné, en séance, que quelques extraits choisis par le vice-président en personne. Ce jour-là, on est allé jusqu’à ne pas fournir à ceux-là qui avaient pourtant autorité et responsabilité les informations nécessaires pour prendre la décision en toute connaissance de cause… C’était plus qu’une erreur, c’était une faute que je continue, plus de six mois après les événements, à ne pas comprendre.

J’ai dit et regretté publiquement lors du CA du 27 janvier dernier à quel point je condamnais la poursuite de ces opérations faites en catimini, comme nous avons pu en avoir alors un dernier exemple avec l’externalisation du service de la paye des agents contractuels. On s’est tout simplement rendu compte à ce moment-là que le CA était réuni pour entériner une décision qui avait été déjà prise et qui était déjà même avalisée par la TPG en dehors de toute règle déontologique, puisque les agents recevaient, en même temps que nous étions supposés délibérer sur la question, leurs traitements par l’intermédiaire de la Trésorerie principale de la Gironde…


Entendons-nous bien : je ne mets pas ces pratiques au titre d’une quelconque malhonnêteté ; je les place au compte d’un certain laisser-aller qui sans doute pouvait se comprendre en un temps où les affaires se réglaient sans trop de soucis et, pour tout dire, d’un amateurisme de gestion. Le reproche que je fais en priorité à l’équipe présidentielle sortante, totalement solidaire dans cette action puisque je n’ai pas lu ni entendu le moindre propos dissonant, est de ne pas avoir vu, depuis déjà quelques années, qu’une université ne pouvait plus être gérée comme il y a de cela quinze ou vingt ans. Et plus gênant encore depuis un an et demi, de ne pas avoir intégré intellectuellement les changements induits par la nouvelle loi qui donne au CA un pouvoir qu’il n’avait pas auparavant. C’est cette instance qui, désormais, décide des grandes orientations de la politique de l’Université et elle ne peut donc pas être considérée comme une simple chambre d’enregistrement de décisions déjà prises. Ces pratiques, nous les avons condamnées en leur temps et je prends ici l’engagement solennel de ne pas les reproduire et je compte sur chacun d’entre vous ici, si je devais être élu, pour me le rappeler le cas échéant.

Il ne servirait pas à grand-chose de multiplier les remarques critiques. Il convient avant toute chose de proposer. Mais j’insiste : une proposition n’est crédible que si un capital de confiance existe entre les différentes parties. Avoir dit ce que l’on fera et faire ce que l’on a dit est le seul gage possible d’une confiance réciproque. Nous avions dit, durant la campagne pour l’élection des trois conseils entre décembre 2007 et février 2008, que nous ne voterions pas le maintien du Président lors du scrutin décisif qui eut lieu le 7 avril dernier. Non que nous avions des comptes à régler avec lui ou que nous avions des préventions contre sa personne. Nous avions dit simplement que, à notre sens, les nouvelles dispositions de la loi LRU imposaient qu’une nouvelle équipe fût mise en place. Malgré les propositions que le Président Singaravélou nous a faites aux lendemains du 19 février 2008, et parce que nous croyons collectivement au respect de la parole donnée, nous les avons refusées sachant bien les conséquences de notre geste et nous les assumons sans regret aucun depuis un an. D’autres ont cru devoir changer d’avis, assurer le Président de son maintien, puis réclamer publiquement sa démission et finir par voter son maintien ; c’est de leur responsabilité et nul doute que les moments parfois un peu difficiles que nous avons connus ces derniers mois n’aient été la conséquence de ces actes à géométrie variable. Les critiques, je les ai toujours faites en face – et vous tous membres du CA pouvez en témoigner. Je n’ai jamais trahi mes paroles, mes amis, mes maîtres, ceux à qui je devais la place qui est aujourd’hui la mienne dans cette université.


C’est la raison pour laquelle je pense en toute sincérité que les engagements que je prends ici devant vous seront reçus avec bienveillance de votre part. Engagements auprès de mes collègues enseignants, auprès des représentants du personnel administratif, auprès des étudiants. C’est un engagement collectif, tout d’abord : prendre une décision importante après avoir consulté non pas quelques personnes en tête-à-tête mais dans le cadre des institutions mises en pratique par la loi : CTPE pour l’ensemble des personnels, Congrès des trois Conseils, Intersyndicale des personnels administratifs dont on peut voir à chaque élection qu’elle est réellement représentative, élus étudiants dans leur diversité. Je sais bien qu’à un moment, il nous faudra trancher ; qu’à un moment, il ME faudra trancher. Mais ce ne sera qu’après une véritable concertation institutionnalisée.


Aussi, comme il s’agit aujourd’hui peut-être avant tout d’un vote personnel, il est indispensable pour moi de vous proposer un contrat de gouvernance, contrat dans lequel je bannirai toutes ces formes d’opacité que j’évoquais plus haut. Il peut s’agir d’actes symboliques, comme, par exemple, l’engagement que je prends ici devant vous d’associer l’ensemble des personnels au redéploiement des espaces de travail pour éviter de vrais scandales comme celui que représente le service du personnel, où deux agents occupent un bureau de moins de dix mètres carrés : l’un d’entre vous, mes chers collègues, a-t-il pu entrer dans ces bureaux exigus sans qu’une gêne profonde envers les conditions de travail de ces personnels ne l’étreigne ? Et comme un gouvernement se nourrit aussi de symboles, je proposerai, dans le cadre de cette refonte qui impliquera une nouvelle disposition du bâtiment administratif, de diviser par deux la surface occupée à l’heure actuelle par le bureau présidentiel.

Mais gouverner, d’une manière ou d’une autre, à quelque endroit que l’on se trouve, ce n’est pas se préoccuper seulement des structures. C’est avant tout penser aux personnes, que ce soit les étudiants ou les collègues. Dans les temps de crise que nous traversons et que nous ne pouvons pas oublier dans notre réflexion, sauf à imaginer que l’Université vivrait dans une bulle, une action sociale forte doit être envisagée. A l’attention des étudiants certes en premier lieu parce que nous savons que, plus que dans d’autres universités bordelaises, viennent s’y former un nombre important de jeunes qui sont obligés, en raison de la faiblesse numérique et qualitative des bourses, d’avoir à côté un travail salarié. C’est pourquoi une politique d’action sociale au sein de notre université doit également être mise en œuvre sous la responsabilité du Vice Président Étudiant du CEVU, qui, aux termes de la loi LRU, est l’interlocuteur privilégié du CROUS. Mais elle nécessite aussi un engagement fort de chaque université et Bordeaux 3, plus que tout autre établissement du site sans doute doit être au premier rang de cette politique sociale active.

Mais une politique sociale doit aussi être menée à l’égard de l’ensemble des personnels. Sans doute doit-on penser en priorité aux agents contractuels que nous ne pourrons pas tous faire accéder à un poste statutaire. Mais on doit accélérer la formation interne pour tous, pour éviter par exemple que tant de postes mis aux concours demeurent improductifs. Pour tous aussi, il importe de recréer un Service Universitaire d’Action Sociale et j’ai déjà pris l’engagement devant les personnels BIATOSS de m’y atteler le plus vite possible ; si je devais être élu, d’ailleurs, je désignerais un chargé de mission à cet effet.


Des réformes nous attendent dans les années à venir. La réforme interne ne doit pas être abandonnée. Il s’agit d’un chantier dont les fondations ne sont pas même terminées, qui doit se faire dans la transparence, ce qui a cruellement manqué à l’action de ces derniers mois : sans ce préalable, comment espérer que les personnels s’y impliquent ? Ce sera là sans doute l’axe prioritaire de la politique que je compte mener.


La question de l’autonomie salariale et financière doit être repensée en tenant compte avant toute chose des intérêts de notre établissement mais aussi en l’abordant en fonction de ce que nous pensons les uns et les autres de la loi LRU. Je fais partie des 78% de collègues qui, en novembre 2007, lors de la consultation organisée par notre université, ont montré leur désapprobation devant cette loi dont peu de dispositions me plaisent. Et je constate aussi que les mouvements contre le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs, qui découle assez directement de la loi, montrent que celle-ci doit être totalement revue. Il m’a semblé en effet paradoxal de considérer cette loi LRU comme intangible et de manifester contre ce décret qui n’en est que l’application. De mon côté, je demeure dans une cohérence d’analyse : j’étais contre le projet de loi lorsqu’il était en discussion à l’été 2007 – si on peut utiliser le terme de « discussion » sans rire – et j’ai manifesté contre le projet de décret sur le statut des EC. Et, si je suis élu, je compte fermement m’inscrire, à l’intérieur de la CPU, parmi le cercle grandissant des Présidents d’Université hostiles désormais à cette loi LRU et à ses applications prévisibles dès l’origine, pour les personnels comme pour les étudiants et qui en demandent la révision complète.

Dans ces conditions, le rejet l’an passé par notre conseil d’administration du passage en janvier 2009 à l’autonomie salariale et financière a été un geste politique fort. Comme « politique » était aussi celui de vouloir se présenter en bon élève de la loi LRU. Un Président d’une université bordelaise proche de la nôtre me disait en novembre dernier qu’il serait souhaitable que toutes les universités du site de Bordeaux y passent en même temps au nom d’une solidarité de site. Je lui avais fait déjà part de mon souci de préserver dans l’affaire les intérêts de Bordeaux 3. Je pourrai ajouter aujourd’hui que cette solidarité de site n’a pas été immédiatement de mise pour les maquettes dites de « mastérisation des concours »…


Enfin, il me semble essentiel de parvenir à rassembler la communauté universitaire, sans doute quelque peu divisée par les secousses nées d’une instabilité prévisible née du résultat du vote du 7 avril dernier et des changements de pied que l’on a connus les semaines qui l’ont précédé. Rassembler, c’est d’abord ressouder les trois conseils autour d’un projet commun qui naîtra le 20 mars de l’élection du nouveau président pour les trois années à venir. Rassembler, c’est se refuser à toute forme de « chasse aux sorcières » et maintenir dans des postes de responsabilité des collègues nommés par l’équipe précédente qui ont fait leurs preuves et qui accepteront de poursuivre leur travail.

Mais il me semble que dans cette université, il y ait deux conceptions très différentes de la notion de rassemblement. L’une cherche à réunir des gens, issus d’horizons souvent différents, qui n’ont pas forcément la même vision de l’avenir mais qui se mettent sous l’oriflamme d’un même chef. Cette manière de rassembler s’appuie sur le débauchage individuel en espérant vider l’adversaire de sa substance ce qui, bien loin de fédérer les ardeurs, ne peut aboutir qu’à l’accroissement des rancœurs et de la méfiance. Ce n’est pas un rassemblement comme je l’imagine pour Bordeaux 3. Car le rassemblement que je veux pour notre université se place au niveau des idées et elle ne gomme pas les clivages qui parfois nous opposent. Il serait ainsi erroné de croire que, parce que très majoritairement, nous avons tous rejeté les récents projets de décret ministériels, nous serions en accord sur tout le reste : on l’a vu avec le vote sur l’autonomie salariale et financière qui nécessitait une réponse politique et non pas technique comme on a tenté de nous le faire accroire. La pire des attitudes, selon moi, est de vouloir nier ces différences d’approche et donc de les trouver artificielles. Car cela aboutit à empêcher que ces analyses divergentes ne soient pas dépassées ; cela aboutit surtout à se replier sur soi et à considérer que toute critique de l’action de l’équipe présidentielle en place devient une agression indigne de la « culture de notre établissement » pour reprendre une expression que l’on entend souvent. Rassembler, pour moi, ce n’est pas par exemple, affirmer que l’on a une ambition pour Bordeaux 3, formule un peu creuse, c’est proposer des idées précises et concrètes autour desquelles depuis plus d’un an, une équipe solidaire et unie a travaillé, et autour desquelles je pense pouvoir fédérer une grande majorité de collègues et d’étudiants.


Personnels BIATOS et enseignants, nous ne sommes pas les employés de l’Université de Bordeaux 3, pas plus que les étudiants n’en sont les usagers. Nous sommes TOUS l’université. Elle n’appartient à aucun clan, à aucune partie, à aucun parti. Et cela donne, à celui qui est appelé à la représenter à l’extérieur, la tâche fondamentale d’en exprimer la parole. La loi LRU encourage une présidentialisation effrénée de l’Université ; ce que je vous propose, c’est au contraire une collégialité de pratiques qui seule permettra l’implication de tous dans l’avenir difficile qui se dessine.

 

 


 

Monsieur le président, madame la vice-présidente, messieurs les vice-présidents, mesdames et messieurs les membres des conseils, mesdames, mademoiselles et messieurs les docteurs de l'Université, chers amis de l'université Bordeaux 3, chers collègues et chers étudiants mobilisés,


cette cérémonie, cette tradition en voie d'invention, se déroule dans une université occupée. Mais son organisation et son déroulement ne constituent en rien une exception à la règle de la mobilisation. Bien au contraire, cette remise des diplômes de docteur de l'université s'intègre dans le cadre de ce vaste mouvement qui anime depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois les universités françaises. Expliquons cet apparent paradoxe.

En effet, la remise d'un doctorat semble récompenser le mérite individuel. Et qui nierait, surtout ici, au sein de cette docte assemblée, que la rédaction d'une thèse suppose de grandes et multiples qualités chez les doctorants ? La première d'entre elles est assurément la patience, patience dont il faut faire preuve très tôt, très jeune. Au lieu d'opter pour une formation courte, bien côté le cas échéant sur le marché du travail, source éventuelle de revenus substantiels, le futur docteur doit d'abord affronter au minimum cinq années de formation, licence puis master. Si les trois premières peuvent être considérées comme la découverte d'une discipline, qui a souvent peu à voir avec celle qu'ils avaient connue au lycée si tant est qu'elle fut enseignée, les années de master, jusqu'à aujourd'hui, offrent aux étudiants une véritable initiation à la recherche. La meilleure preuve en est la rédaction d'un mémoire, comportant parfois plusieurs centaines de pages, prélude à la préparation d'une thèse.


Et puis vient le moment de la thèse, le choix du sujet avec son directeur, le désespoir parfois et l'excitation toujours, les heures intenses de l'écriture, de longs voyages intérieurs ou non pour compléter une note en bas de page, les échanges fructueux avec d'autres doctorants, son directeur, les lectures et les relectures, la remise du manuscrit, l'attente des pré-rapports, la soutenance, la délibération du jury toujours trop longue et puis l'annonce devant parents et amis, collègues même parfois. Qu'il en faut donc de la patience pour en arriver à cette cérémonie! Qu'il faut aussi de la persévérérance et de la rigueur! Surtout quand, pour bon nombre d'entre vous, il a fallu financer vos années de thèse, voire même la totalité de votre formation, en travaillant à l'université ou dans des établissements scolaires, en travaillant dans des entreprises privées. Ce bref rappel ne débouche évidemment pas sur l'apologie du contrat doctoral dont la seule finalité est d'inscrire les doctorants dans la logique de la précarité, pendant leurs études et après.


Cette précarité qui s'annonce pour vos successeurs semble être le seul horizon dans ces lendemains qui chantent que nous annonce le gouvernement à chaque nouvelle étape des réformes. Qu'on ne s'y trompe pas en effet, ces réformes s'intègrent et même constituent un plan d'ensemble qui n'a du reste rien de secret : la Révision Générale des Politiques Publiques ou RGPP (http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php/dist/IMG/jpg/local/cache-vignettes/L122xH150/spip.php?article1071). Concernant l'Université, la première étape a été marquée par le vote de la loi sur la Liberté et la Responsabilité des Universités le 10 août 2007. Comme l'affirme le premier Rapport d’étape de la Révision générale des politiques publiques de décembre 2008, la mise en œuvre de la loi LRU constitue le cadre indispensable pour "accompagner au mieux les universités vers l’autonomie et la culture de la performance", les encourager à "augmenter les activités qui génèrent des ressources complémentaires", augmenter progressivement "la part de financement sur projet pour la recherche", moduler "les services des enseignants chercheurs", mobiliser les "chercheurs non publiant", instaurer "un financement budgétaire des universités fondé sur la performance"… Bref, le projet est sans ambiguïté : transformer l'université en lui imposant les normes managériales au moment même où celles-ci font faillite dans les entreprises.


Au moment où vous recevez ce diplôme de doctorat, vous devez avoir conscience que la formation que vous avez reçue, votre parcours, votre choix même de préparer un doctorat, entrent en contradiction avec cette Révision Générale. En s'engageant à poursuivre les suppressions de postes au CNRS (254 postes de chercheurs à l'horizon 2013), en proposant le recrutement de quatre cents professeurs agrégés détachés dans l'enseignement supérieur (PRAG) pour les universités, en instaurant une réforme de la formation des maîtres dont les conséquences, entre autres, sont la disparition des masters recherche et la rupture du lien étroit qui existe entre enseignement et recherche (à travers la secondarisation des programmes des nouveaux concours), en modulant les services même avec l'accord des universitaires, les universités s'apprêtent à cesser de recruter de nouveaux maîtres de conférence. La grande majorité d'entre elles risquent de devenir des collèges universitaires tournant définitivement le dos au savoir, à la recherche, pour se lancer vers l'insertion professionnelle, l'adaption des formations et de l'enseignement au besoin du marché du travail. Le savoir n'irriguera plus la société. Il ne restera plus que la culture, la récitation et non la création, l'assujettissement et non la critique.

Mais qu'attendre d'autres d'un homme pressé, trop pressé à faire, à s'agiter à défaut de penser. Qui d'autres aurait pu penser qu'évaluer la recherche supposait de compter des articles et des livres au lieu de les lire et de s'en nourrir, que le résultat était plus important que la démarche ? Que le succès, les prix et les brevets étaient les seuls critères permettant d'évaluer la qualité de la recherche ? Rappelons lui, et à ceux qui l'entourent, que comme l'écrit Lindsay Waters (in L'éclipse du savoir, Paris, 2008, 124 et 135), "il est parfaitement possible d'être un grand penseur et de ne rien publier", que "la profondeur de la pensée ne s'énonce pas toujours à grands cris, mais bien souvent en chuchotant". Le savoir que vous avez produit vaut par la démarche que vous avez adoptée, par le partage au moment de son élaboration et par le don que vous en faites à la communauté toute entière.

Jeunes docteurs, vous n'avez que peu à voir avec cet homme soi disant modèle qui ne pense qu'à maximiser ses profits et réduire les coûts. Vous savez avec Marcel Mauss (in Sociologie et anthropologie, Paris, 1999, 271-272) que "ce sont nos sociétés d'Occident qui ont, très récemment, fait de l'homme un ‘animal économique’", que "dans nos masses et dans nos élites, la dépense pure et irrationnelle est de pratique courante", que "l'homo œconomicus n'est pas derrière nous [mais] devant nous […] comme l'homme de la morale et du devoir ; comme l'homme de science et de la raison". Oui, comme le dit également Marcel Mauss, "l'homme a été très longtemps autre chose ; et il n'y a pas bien longtemps qu'il est une machine, compliquée d'une machine à calculer". Vos valeurs sont celles de l'Université. Au bruit et à l'efficacité, vous préférez le chuchottement des discussions raisonnées et la lenteur de la réflexion.


Quelle anecdote plus que celle rapportée par Montaigne (Les Essais, livre 3, chapitre 13 : "De l'expérience", La Pléiade, Gallimard, Paris, 2007, p. 1166) l'exprime mieux : "Ésope ce grand homme vit vit son maître qui pissait en se promenant. ‘Quoi donc’, fit-il, ‘nous faudra-t-il chier en courant?’ Ménageons le temps, encore nous en reste-t-il beaucoup d'oisif, et mal employé. Notre esprit n'a volontiers pas assez d'autres heures, à faire ses besognes, sans se désassocier du corps en ce peu d'espace qu'il lui faut pour sa nécessité. Ils veulent se mettre hors d'eux et échapper à l'homme. C'est folie : au lieu de se transformer en Anges, ils se transforment en bêtes ; au lieu de se hausser, ils s'abattent".

Merci donc, jeunes docteurs, de ne pas avoir cédé à la précipitation et à l'efficacité du court terme. En ménageant le temps, vous avez produit du savoir. En soutenant une thèse, vous nous avez donné un bien précieux, le savoir. Ce savoir que nous recevons de vos mains, nous le recevons avec gratitude. Vous nous l'avez donné, sans en être les propriétaires. Vous le partagez avec nous, avec la communauté universitaire toute entière et avec la société. Car le savoir est le patrimoine de tous, il est l'Université. Il exprime aux yeux de chacun l'esprit du service public. Il est l'humanité.


Christophe Pébarthe, maître de conférences en histoire de l'Antiquité grecque à l'université Bordeaux 3.

 



Le Conseil d'Administration de l'université Bordeaux 3, réuni ce vendredi 13 février 2009, appelle les deux ministres de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche à retirer les deux projets de réforme controversés, condition nécessaire à l'ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doivent être associés toute la communauté universitaire, enseignants-chercheurs, BIATOSS, étudiants, ainsi que l'ensemble des acteurs de la recherche.

Le conseil d'administration mandate le président de l'université Bordeaux 3 pour porter publiquement cette position devant toutes les instances concernées.

Votée à l'unanimité moins une abstention


motion votée à l'unanimité par le CA le 16 janvier 2009

Fidèle à son vote du 22 octobre dernier réclamant un moratoire sur la réforme de la formation des enseignants, le Conseil d'administration (CA) de l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3, réuni ce jour 16 janvier 2009 en séance exceptionnelle, constate que le calendrier de cette réforme, l’absence de réflexion entre l’adossement à la recherche et les concours, la nature des épreuves, les contraintes qu’impose le calendrier des futurs concours placés en milieu d’année universitaire vont conduire à un affaiblissement de la formation disciplinaire et professionnelle.

Il refuse de  remettre au Ministère tout projet de maquette au 15 février 2009. Il confirme sa demande d’un moratoire d’un an au cours duquel concertations et négociations devront permettre d’élaborer un projet de réforme des concours viable et conforme aux intérêts et aux valeurs de la société française.

Il demande aux universités d’Aquitaine d’être solidaires de cette position qui n’est pas hostile à une nécessaire réforme mais à cette réforme qui nous est imposée.



Les Trois conseils ont été réunis le mercredi 14 janvier pour débattre des masters "métiers de l'enseignement".

Lors de ce conseil, en plus d'interventions individuelles, la liste PAR s'est exprimée ainsi :

L’analyse des élus PAR repose d’abord - il est important de le rappeler - sur un certain nombre de faits qui sont autant de témoignages de l’ample mobilisation qui accompagne la réforme des concours et son corollaire, la mise en place de nouvelles formations aux métiers de l’enseignement. Il est en effet manifeste que cette réforme fait quasiment l’unanimité contre elle et jamais sans doute autant d’organisations ne se sont retrouvées pour dénoncer une réforme mal pensée et mal appliquée.

Cette défiance à l’égard du projet ministériel s’est traduite dans notre université par le vote en CA d’une motion présentée par Christophe Pébarthe pour la liste PAR. Cette motion votée à l’unanimité des présents le 22 octobre 2008 demandait « que ce projet de réforme fasse l'objet d'un moratoire et que les ministres de l'Éducation Nationale et de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche s'engagent sur la tenue de concours de recrutement des enseignants se déroulant pour l'année 2009-2010 selon les modalités en vigueur pour l'année 2008-2009. Il demand[ait] enfin l'ouverture immédiate d'une négociation avec l'ensemble des acteurs du système éducatif, sans préalable. »

Nous avons proposé également au CEVU, au nom des élus PAR, que notre conseil soit signataire de l’appel du 8 novembre que nombre d’entre nous ont signé à titre individuel mais qui a également recueilli des signatures institutionnelles. Notre CEVU, également à l’unanimité, a signé cet appel le 28 novembre.

Mais au-delà des conseils centraux, les UFR ont largement débattu et réfléchi sur l’opportunité ou non de répondre à l’appel à maquettes. A ce jour, l’UFR d’Histoire, l’UFR de philosophie, l’UFR de Géographie et aménagement (unanimité), l’UFR d’Etudes ibériques et ibéro-américaines, l’UFR des Pays anglophones,  ont voté le refus de déposer des maquettes, certains votes étant assortis de conditions.

L’UFR de Lettres a choisi, elle, de signer l’appel du 8 novembre.

Bref, l’accueil de cette réforme dans notre université a déjà déclenché une franche hostilité et il nous semble que la réunion des trois conseils aujourd’hui doit en prendre acte et formaliser plus fortement encore notre volonté de signifier notre opposition.

Mais surtout, nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas seuls dans ce combat et que d’autres universités ont déjà clairement manifesté leur décision de ne pas répondre à l’injonction du ministère.

Nous rappellerons ainsi que les instances représentatives des universités de Montpellier 3, de Rennes 2, de Paris III, Paris IV, Paris 8, Paris X, de Toulouse 2 et du Havre ont voté le refus de présenter des maquettes de master métiers de l’enseignement.

En fait d’autonomie, tout est pensé aujourd’hui pour mettre surtout les universités en concurrence, nous le savons. Il ne tient qu’à nous de nous organiser pour résister à cette logique et refuser de subir des réformes que nous savons pernicieuses et néfastes. Bien sûr, la tentation est grande de rentrer dans cette mécanique de peur de se voir disqualifié par notre tutelle, mais nous aurions tort de sacrifier nos convictions fondamentales sur l’autel d’une bataille à courte vue. Il en va de la crédibilité à long terme de notre institution, de nos missions et de nos métiers.

Même si nous ne nions pas que la conception des concours d’enseignement devrait être affinée et tenir compte davantage des réalités professionnelles, même si nous ne nions pas que la formation des enseignants mériterait d’être améliorée, même si nous ne sommes pas a priori hostile à l’idée d’une réforme, nous considérons que celle-ci va dans le mauvais sens et que, loin de veiller à garantir une insertion professionnelle pérenne comme nous y invite plus fortement que jamais la loi LRU, elle met au contraire en péril la qualité de la formation de nos étudiants et leur avenir professionnel. Il en va de notre responsabilité d’élus comme de celle de pédagogues de dire haut et fort notre opinion.

Il est d’abord de notre responsabilité politique de dénoncer l’idée sous-tendue par cette réforme : transformer l’emploi statutaire de la fonction publique en emploi vacataire, la formation diplômante venant clairement à terme se substituer à la réussite au concours. Voulons-nous cautionner le recours à l’emploi vacataire par les chefs d’établissement ? Voulons-nous participer sans aucune garantie à la mise en place d’un système qui précarisera rapidement les métiers de l’enseignement ?

Il en va ensuite de notre responsabilité de pédagogues, et je m’adresse là plus particulièrement aux enseignants et enseignants-chercheurs de cette assemblée. Nous devons refuser une réforme qui d’une part conduirait à la réduction de la part des épreuves « disciplinaires » dans le recrutement des enseignants du secondaire, et qui d’autre part prévoit des masters agrégeant simultanément enseignement non-disciplinaires, stages et préparation au concours à faible contenu disciplinaire, rendant absolument irréalisable l'objectif par ailleurs affiché de véritable formation à la recherche. Sous couvert fallacieux d'un allongement de la formation et d'une hausse du niveau de diplôme, cette réforme aboutirait à une dévalorisation de facto du niveau des enseignants dans la discipline qu'ils vont enseigner, et vise à en faire des techniciens d'une pédagogie privée de contenu. Elle fragiliserait les enseignants dans la maîtrise de leur discipline, elle exacerberait une rupture entre enseignement et recherche, entre technique et savoir. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas souscrire à une telle offensive contre les savoirs et la pensée critique.

Enfin, en supprimant l'année de stage salariée pour la remplacer par quelques stages non-salariés dans le cadre de l’année de Master 2, l'Etat transfère aux étudiants eux-mêmes la charge financière de ces stages, dont, par ailleurs, l'efficacité en terme d'expérience et de formation diminue proportionnellement à leur durée puisque d'une année, on passerait à quelques semaines. Nous soutenons qu’il convient que la formation professionnelle se déroule après le concours, comme actuellement, ce qui permet d'une part de renforcer le disciplinaire pendant l'année du concours, et d'autre part de lier la formation professionnelle et didactique à une pratique réelle, et pas à de simples stages.

Nous nous en tenons à ces quelques arguments, d’autres ont déjà été soulevés. Nous voyons bien à quel point nous devons nous opposer à cette réforme nous qui, trop souvent, nous contentons d’obéir sagement, nous qui parfois nous réveillons trop tard - nous l’avons vu encore récemment au moment de la LRU.  Nous devons refuser cette réforme et la précipitation dans laquelle elle veut se mettre en place, précipitation d’autant plus étrange que le gouvernement marque une sérieuse hésitation sur la réforme des lycées.

En conséquence, nous demandons que les trois conseils votent une motion appelant à un moratoire sur la réforme des concours et l’ouverture de négociations sans préalable et annonçant notre refus de participer à tout dépôt de maquette y compris au niveau interuniversitaire. Cette motion doit également, à notre sens, explicitement inviter le PRES de Bordeaux et son Président à veiller à ce qu’aucune maquette de master enseignement concernant nos disciplines ne soit déposée. Un tel geste serait en parfaite contradiction avec la logique de concertation et de collaboration promue par le PRES et reviendrait ainsi à mettre gravement en cause ses principes fondateurs.

C’est à notre sens de cette manière, et de cette manière seulement, que nous pourrons peser fortement sur de futures négociations avec le ministère d’ici le 15 février, et au-delà.


La décision prise par le CA vendredi 7 novembre de ne pas valider les statuts est importante et il convient pour nous d’en tirer des conclusions pour l’ensemble de la communauté de Bordeaux 3.


Lors des deux séances du CA précédentes (les 15 et 22 octobre) au cours desquelles il nous a fallu voter sur les masses budgétaires puis sur la modification des structures budgétaires, nous avons eu une attitude claire, celle de refuser les propositions présidentielles, tout simplement parce qu’elles ne nous paraissaient pas mûres, puisqu’elles n’étaient pas en mesure d’être le reflet de démarches collectives - non encore abouties à ce jour- préparant la réforme interne.

Nous avons eu l’occasion de dire durant la campagne électorale de février 2008, et nous l’avons redit lors de divers CA, que nous n’étions pas opposés à cette réforme interne. Nous avions dès janvier 2008 réclamé un moratoire parce que, au fil des discussions que nous avons eues avec les divers acteurs de l’Université, nous nous étions rendu compte que de larges incertitudes demeuraient. L’équipe présidentielle, restée en place dans les conditions que chacun sait, n’a pas voulu sortir de son schéma rigide : la réforme le plus vite possible, quels qu’en soient les dégâts sur les personnels, pour des raisons que nous n’avons pas pu expliquer de façon rationnelle. Nous avons donc voté contre la création de nouvelles unités budgétaires créant les trois UFR dès le 1er  janvier 2009.

Loin de demeurer des opposants stériles, et après avoir fait le tour de plusieurs services et UFR, après en avoir discuté longuement avec les personnels BIATOS, nous avons proposé un autre calendrier qui donnait à la réforme à la fois le temps et les moyens de s’appliquer : création des UFR au 1er septembre 2009, création des unités budgétaires au 1er janvier 2010. Ni le Président ni le vice-Président du CA n’ont daigné accéder à notre demande mais, le 22 octobre, grâce à l’apport des personnalités extérieures, le projet portant modification des structures budgétaires était voté par quinze voix contre onze et deux abstentions.

Cependant ces structures budgétaires ne pouvaient avoir de valeur effective sans le vote de nouveaux statuts, vote pour lequel il faut, aux termes de la loi, la majorité absolue des membres du Conseil d’Administration (16 voix). Ces statuts, nous y avons travaillé ; j’avais moi-même été désigné par le Président pour faire partie de la commission devant les modifier. Nous ne renions pas ce que nous y avons apporté. Et c’est la raison pour laquelle il nous est apparu impossible de voter contre ces statuts qui, pour une part au moins, portaient notre empreinte. Fallait-il pour autant les voter ? Compte tenu du fait que, d’une part, ces statuts entérinaient l’apparition des trois UFR et que, d’autre part, ils avaient vocation à s’appliquer immédiatement, c’eût été renier à la fois nos engagements de la campagne électorale et nos votes précédents que de leur donner un vote favorable. En séance, une concession ultime de l’équipe présidentielle – entrée en vigueur des statuts au 1er janvier et non au 8 novembre – ne changeait rien sur le fond. Nous avons dans ces conditions décidé de ne pas participer au vote et de laisser tout loisir à l’équipe présidentielle, qui avait refusé nos propositions, de trouver la majorité pour les voter.

Il s’avère que, malgré un afflux de procurations issu des personnalités extérieures dont certaines n’ont jamais daigné venir une seule fois au CA, le projet porté par le Président Singaravélou et son vice-président Philippe Baudorre n’a obtenu que quatorze voix sur trente et une. Incroyable désaveu. Mais à qui la faute ? A nous qui n’avons cessé d’être fidèles à nos engagements, qui avons toujours dit ce que nous ferions, qui avons proposé le 22 octobre un compromis qui nous paraissait acceptable par toutes les parties et qui a été balayé avec mépris d’un revers de main par le vice-président ? En toute sincérité, nous ne le croyons pas. Quand on ne dispose pas de la majorité, ce qui est le cas de l’actuelle équipe dirigeante, on se doit de négocier. Au lieu de cela, enfermée dans ses certitudes, elle a voulu passer en force, coupée de la grande majorité des personnels. Nous considérons donc que l’équipe présidentielle est entièrement responsable de la situation actuelle dans laquelle se trouve notre université.

L’institution universitaire est-elle bloquée ? Pas du tout. Bordeaux 3 continuera à être régie par les anciens statuts, le budget sera établi selon les anciennes unités budgétaires correspondant aux anciennes UFR. La réforme n’est pas arrêtée : elle est retardée pour la mettre en place dans de meilleures conditions, c’est-à-dire dans des conditions partagées et acceptées par le plus grand nombre des membres de notre communauté universitaire : BIATOSS, étudiants et enseignants-chercheurs.


De cet épisode, il faut selon nous retenir au moins une leçon. Depuis plus de six mois, l’Université est dirigée par une équipe minoritaire chez les enseignants, totalement coupée des personnels administratifs, et incomprise des étudiants. La loi LRU permet à cette équipe minoritaire, grâce à la surreprésentation des personnalités extérieures et à son alliance avec l’équipe présidentielle, de se maintenir et de faire passer de temps à autre ses projets. Car c’est cet attelage baroque qui dirige aujourd’hui l’université… C’est à nous de travailler dès à présent pour donner à Bordeaux 3 une autre configuration, plus proche de la grande majorité de ses acteurs.


Patrice Brun

samedi 8 novembre 2008


Bonjour à tous,

nous reprenons notre activité d'information sur ce blog après quelques mois d'interruption. Entre les vacances, l'intensité des activités de rentrée et l'enchaînement des différents conseils, nous avons dû nous éloigner un peu trop de ces pages.
Nous vous prions de nous en excuser.

L'actualité nous semble désormais beaucoup trop vive pour ne pas vous transmettre les informations essentielles dont nous disposons notamment sur la réforme interne, la masterisation des concours et l'avancée du plan campus.

Nous commençons ci-dessous par le texte de la motion votée ce jeudi 22 octobre au CA sur la masterisation des concours.

En espérant que votre fréquentation du blog vous informe mieux,
bonne lecture à tous,
l'équipe des rédacteurs du blog PAR.

Motion adoptée à l'unanimité
par le Conseil d'Administration de  l'Université Bordeaux 3

Le Conseil d’Administration de l’Université Bordeaux 3, réuni en  séance plénière le 22 octobre 2008, déplore solennellement les  conditions dans lesquelles est mise en œuvre la réforme de la  formation des professeurs des écoles, des collèges et des lycées.
Il proteste contre un calendrier qui oblige l’Université à prévoir  pour 2009-2010, dans la précipitation, l’application d’une réforme  des concours dont le contenu n’est connu que depuis le 17 octobre  dernier.
Il s’oppose à toute réforme ayant pour effet de réduire dans les  concours la part des savoirs disciplinaires en vue d’un allègement  des épreuves qui ne fera qu’abaisser le niveau de formation des  futurs enseignants.
Il demande que ce projet de réforme fasse l'objet d'un moratoire et  que les ministres de l'Éducation Nationale et de l'Enseignement  Supérieur et de la Recherche s'engagent sur la tenue de concours de  recrutement des enseignants se déroulant pour l'année 2009-2010 selon  les modalités en vigueur pour l'année 2008-2009. Il demande enfin l'ouverture immédiate d'une négociation avec l'ensemble des acteurs du système éducatif, sans préalable.

À Pessac, le 22 octobre 2008.


Le Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire s’est réuni le 28 mai pour procéder à l’élection du Vice-Présidents Etudiant, conformément aux conditions précisées dans la loi LRU instituant l’élection du VPE au sein du CEVU.

Deux candidatures sont présentées :

Yann Capel, pour l’ARB3, Oxygène et la Cé

Etienne Maury, pour l’UNEF.

 

Après présentation de leur profession de foi par les candidats et distribution d’un CV par Yann Capel, une courte séance de prise de paroles est ouverte. Le Vice-Président du CEVU, Olivier Laügt, déclare qu’il soutient la candidature d’Etienne Maury. Jean-Yves Coquelin, au nom des élus PAR, répond alors qu’ils soutiennent, eux, la candidature de Yann Capel.

 

sur les 40 membres du CEVU,
38 votants présents ou représentés.
24 voix "Yann Capel"
9 voix "Etienne Maury"
5 bulletins blancs ou nuls

M. Yann Capel est élu Vice-Président Etudiant.

 

Le Conseil d’administration s’est réuni le 28 mai pour procéder à l’élection des Vice-Présidents Délégués.

Vice-Président Délégué aux Relations Internationales

M. Singaravélou propose la candidature d’Antoine Ertlé.
sur 31 membres,
27 votants présents ou représentés.
17 voix "Antoine Ertlé"
10 votes blancs ou nuls
M. Antoine Ertlé est élu Vice-Président Délégué aux Relations Internationales

 

Vice-Président Délégué à la Modernisation du fonctionnement et à la réforme interne

M. Singaravélou propose la candidature de Pierre Beylot.
sur 31 membres,
27 votants présents ou représentés.
15 voix "Pierre Beylot"
12 votes blancs ou nuls
M. Pierre Beylot est élu Vice-Président Délégué à la Modernisation du fonctionnement et à la réforme interne

 

Vice-Président Délégué aux Personnels BIATOS

M. Antoine Poli propose sa candidature.
sur 31 membres,
27 votants présents ou représentés.
24 voix " Antoine Poli"
3 votes blancs ou nuls
M. Antoine Poli est élu Vice-Président Délégué aux Personnels BIATOS


Le 7 mai, le CA s'est réuni pour désigner les membres des trois commissions prévues dans les statuts.

Après le vote à l'unanimité, les commissions sont composées comme suit :


Commission de la recherche

Enseignants : Pierre Beylot, Patrice Brun, Armelle Deschards, Alain  Escadafal, Jean-Paul Jourdan, Philippe Loquay

BIATOS : Roger de Brézé, Carole Sanguirgo

Etudiants : Yann Capel, Sandra Carvalho, Charlotte Prévost

Personnalités extérieures : Jean-Claude Sire


Commission des Enseignements et de la Vie Etudiante

Enseignants : Olivier Atteia, Jean-Yves Coquelin, Antoine Ertlé,  Maurice Goze, Jean-Rémi Lapaire, Patrick Perot

BIATOS : David Arcelin, Agnès Laborde

Etudiants : Yann Capel, Damien Dubourg, Yann Rouvery, Myriam Vaillant

Personnalités extérieures : Alain Chupin


Commission de la recherche

Enseignants PR : Patrick Baudry, Ana Maria Binet, Adrian Cerepi,  Raymond Descat,  Michel Figeac, Yves Grandjeat

Enseignants HDR : Véronique Béghain (+ 1 autre siège à pourvoir)

BIATOS : Jacques Prud'homme (+ 1 siège à pourvoir)

Etudiants : Cédric Guillaume

Personnalités extérieures : Jacques Delmoly



d'autres organes importants de l'université sont en cours de constitution :
Comité Hygiène et Sécurité
,
CA du SIGDU
(enseignants :
Alain Dupuy, Henri Portine ; BIATOS : Stéphane Gouvier, Sylvie Vignolles),
Commission d'Appel d'Offres (enseignants Pierre Beylot, Alain Dupuy ; BIATOS : Patrick Dubernet, Michel Laraigné).

Par ailleurs, Madame la Secrétaire Générale lance ou renouvelle un appel à candidature pour :

Conseil d’administration du service interuniversitaire de Médecine préventive : 2 sièges à pourvoir

Conseil d’administration du Département des Activités physiques et sportives ( DAPS) : 4 sièges à pourvoir par des enseignants n’appartenant pas au DAPS

Conseil du Service Commun de Documentation : 5 sièges à pourvoir parmi les enseignants membres du CA et/ou du CEVU

Conseil du SIUAPS ( service interuniversitaire des activités physiques et sportives) : 1 siège à pourvoir par des enseignants n’appartenant pas au DAPS

 



Le Conseil Scientifique s'est réuni le 6 mai pour procéder à "l'élection" de son  vice-président dans les conditions déjà précédemment commentées au CA puis au CEVU.

Sylvie Guillaume, candidate proposée par M. Singaravelou a été élue (immanquablement) à l'unanimité des suffrages exprimés :

sur 40 membres,
32 étaient présents ou représentés.
11 voix "Sylvie Guillaume"
11 votes blancs ou nuls
10 refus de prendre part au vote.

Mme Sylvie Guillaume a donc été élue VP du CS avec l'approbation de seulement 27,5% des membres du conseil...



M. Jean-Yves Coquelin prend la parole au nom de la liste PAR pour donner lecture du texte suivant, rédigé collectivement, et exprimant la synthèse d’une parole plurielle mais dont ce texte atteste la cohérence :

Je voudrais m’adresser à tous les membres de ce conseil en leur demandant d’accepter que je prenne un peu longuement la parole et que je prononce, au nom des élus de la liste PAR, une intervention écrite. Je précise cela en préambule parce que quelques-uns d’entre vous trouvent regrettable - ils me l’ont dit - d’avoir à écouter en conseil des textes rédigés à l’avance. Et qui plus est, parfois, des textes longs. Il faut bien admettre cependant que c’est d'une part la seule manière claire que nous ayons trouvée de pouvoir nous exprimer collectivement sur la base d’une déclaration ayant fait l’objet d’une concertation et d’autre part la seule manière de conserver intact l’esprit de nos propos dans les procès-verbaux sans qu’il soit modifié par la compression inhérente à toute synthèse.

Quant à la longueur de cette intervention, je veux bien admettre aujourd’hui qu’elle aurait pu être plus courte comme n’aurait pu durer que quelques minutes ce CEVU consacré à l’élection du Vice-Président puisque, avant même d’entrer dans cette salle, nous en connaissions son issue : Olivier Laügt va être élu à l’unanimité des suffrages exprimés. On pourrait donc autant se dire « pourquoi écrire et lire un texte alors que tout est joué d’avance ? » que se demander « pourquoi réunir un tel CEVU privé de tout enjeu ? ».

On aurait même pu, histoire d’être plus efficace et plus rapide, reprendre le Procès-Verbal du CEVU du 24 mars 2005, en changer la date, remplacer le nom de Pierre Beylot par celui d’Olivier Laügt et le tour aurait été joué. La liste PAR y tenait déjà des propos que nous allons devoir reprendre aujourd’hui.

 

Pour ceux d’entre nous qui ne seraient pas encore éclairés sur le mode de scrutin tel qu’interprété et imposé par l’équipe présidentielle, il faut rappeler ici qu’il suffit à Monsieur Singaravelou de ne présenter qu’un seul candidat pour qu’il soit élu à l’unanimité des suffrages exprimés puisque seuls seront considérés comme exprimés les bulletins portant le nom du candidat à l’exclusion de tout autre. Le candidat, quel que soit le nombre de suffrages recueillis portant son nom, ne peut qu’être élu avec 100% des voix. Je crois que de mémoire de démocrate, on n’avait jamais inventé pareil confort électoral.

Pourquoi donc faire durer le plaisir (plus que le suspense) ? Pourquoi prendre la parole, contester, protester puisque comme me l’avait déjà soufflé le plus sincèrement du monde une éminente collègue il y a trois ans : « il va être élu, alors… ».

Pourquoi ?

Parce que précisément, au risque de vous faire perdre votre temps encore plus qu’il y a trois ans, ce type de procédure est devenu encore plus insupportable. Et qu’il convient, infatigablement, de dénoncer cet insupportable-là, de ne pas céder devant la facilité qui consisterait à tout accepter benoîtement sous prétexte qu’il faut être « pragmatique » ou « réaliste », deux adjectifs devenant étrangement synonymes de « lâche » sous l’effet de la technocratie. Cette procédure, résultant uniquement de l’interprétation ubuesque de l’article 4 de nos statuts qu’avance l’équipe présidentielle, est inacceptable à plusieurs titres que je veux prendre le temps d’expliciter.

 

D’abord inacceptable d’un point de vue juridique, ensuite inacceptable d’un point de vue politique.

 

D’un point de vue juridique d’abord.

Le 17 décembre 2002, de nouveaux statuts ont été approuvés par le Conseil d’administration sous la mandature du Président Dutheil, par un conseil d’administration élu en 2001. Celui-là même qui a participé à l’élection de notre Président actuel lorsque cette élection réunissait encore les trois conseils. Ces statuts ont entre autres changé le mode d’élection des Vice-Présidents - Vice-Présidents à propos desquels la récente Loi LRU ne dit rien. En 2005, nous avons été amenés à appliquer ce nouveau mode de scrutin et nous nous sommes alors aperçus de l’absurdité de leur rédaction ; plusieurs de leurs rédacteurs en conviennent du reste publiquement aujourd’hui. En effet, il s’agissait pour eux d’éviter de renouveler l’expérience traumatisante d’élections ayant parfois nécessité plus de vingt tours de scrutin pour qu’un candidat, comme c’était le cas précédemment, obtienne la majorité absolue des suffrages. Anticipant d’une certaine façon sur la loi LRU, le Conseil d’Administration en 2002 a pensé qu’il fallait assurer au Président la possibilité de s’entourer d’une équipe. Mais il n’a pas été jusqu’à opter pour une désignation (nomination) considérant que les Vice-Présidents devaient également bénéficier d’une légitimité offerte par le vote de chacun des conseils. Résultat : l’article 4 indique que « Les Vice-Président sont élus sur proposition du Président à la majorité absolue des suffrages exprimés aux deux premiers tours, à la majorité relative au 3e tour. » Cette rédaction malheureuse met en contradiction deux termes : suffrages exprimés et majorité relative. Que sont donc ces suffrages exprimés : des bulletins portant le nom du candidat ou bien des bulletins marqués « oui » ou « non » ? Si le Président présentait deux noms, il va de soi que les bulletins porteraient le nom de chacun des candidats. Mais comme le Président peut ne proposer qu’un seul candidat, ce qui semble logique et acceptable dans le cadre de la constitution d’une équipe présidentielle, que deviennent alors ces suffrages exprimés ?

Si les textes avancent l’idée de 3e tour à la majorité relative, c’est bien qu’il doit y avoir une possibilité d’exprimer son opposition. Et il est alors nécessaire pour cela d’utiliser des bulletins « oui » et des bulletins « non ». Or, même si, dans un moment d’égarement, le Président venait à présenter deux candidats, dès le premier tour, l’un des deux obtiendrait la majorité absolue des suffrages exprimés. La rédaction de l’article 4, tel qu'interprété par l'équipe présidentielle avec les bulletins exprimés portant seulement le nom des candidats, ne trouverait donc tout son sens qu’à partir du moment où le Président présenterait trois candidats !? Drôle d’idée ! Dans ce seul cas en effet, nous commencerions à pouvoir envisager un troisième tour, si l’on s’obstine bien sûr à interpréter l’article 4 et les suffrages exprimés comme le fait sciemment l’équipe présidentielle.

 

En droit, si les textes présentent des incohérences d’écriture, la règle est de chercher à les interpréter selon l’esprit des rédacteurs. En l’occurrence, quels étaient les objectifs des membres du CA en 2002 ? Eviter vingt tours de scrutin, conférer une légitimité démocratique au candidat élu et s’assurer que le Président puisse travailler avec une équipe qui lui soit proche. Quelle interprétation fait aujourd’hui l’équipe présidentielle de ce malheureux article 4 ? Que seuls les bulletins portant le nom du candidat peuvent être comptabilisés comme votes exprimés. Or, cette interprétation qui transforme ipso facto une élection en désignation va dans le sens inverse de celui attendu par les rédacteurs puisqu'elle prive le candidat d’une élection légitime et le met dans une situation invraisemblable. Il lui suffit en effet d’être seul à voter pour lui-même pour être élu à l’unanimité des suffrages exprimés ! Comment un tel mode de scrutin ainsi interprété pourrait-il encore porter le nom d’élection ? Comment de bonne foi considérer qu'il s'agirait là de respecter l'esprit des rédacteurs de nos statuts ?

Il y a trois ans, j’ai avancé le terme de simulacre d’élection ; le Président a récusé ce terme - vous pourrez le vérifier dans le PV. Trois ans après, face à la même situation, nous réitérons ce terme : simulacre d’élection, et nous dénonçons juridiquement le principe même de refuser au candidat d’être élu dans des conditions honorables, qui auraient pu être trouvées simplement en autorisant - comme nous l’avons demandé par lettre recommandée - l’utilisation de bulletins « oui » et « non » dans le cas où le Président ne présenterait qu’un seul candidat. Alors seulement, les deux premiers tours à la majorité absolue et le troisième tour à la majorité relative des membres en exercice de ce conseil prendraient tout leur sens et le candidat qui nous est présenté pourrait être élu à l’issue d’une procédure juste et permettant le débat.

 

Nous ajoutons, et cela intéressera les juristes privés dans le cas présent de jurisprudence tant l’événement est tordu, que l’élection des Vice-Présidents telle que pratiquée depuis trois ans est contraire à l’article 15 de nos statuts consacré à la « délibération des conseils ». Il y est précisé que « dans le cas d’élections de personnes, la majorité absolue est requise aux deux premiers tours, sauf dispositions contraires prévues dans les présents statuts ». Aucune disposition contraire dans l’article 4. Dans l’esprit des rédacteurs, l’article 4 renforce et précise cette règle première : majorité absolue aux deux premiers tours puis - c’est là la précision pour le cas des Vice-Présidents - majorité relative au troisième. La seule faute des rédacteurs, c’est d’avoir malencontreusement ajouté dans l’article 4 « des suffrages exprimés », maladresse dans laquelle nous nous trouvons embourbés depuis, faute de bonne volonté et de bon sens.

D'où vient cette faille qui ouvre la voie de cette interprétation spécieuse ? Elle vient du fait que les rédacteurs, au lieu d'écrire « suffrages exprimés » auraient dû écrire, pour aller dans le sens qu'ils recherchaient, « membres du conseil en exercice » ou « membres présents ou représentés » comme nous le montre un examen attentif de l'article 15 ou de l'article 21. L'article 15 parle, un paragraphe plus haut, de la majorité simple des membres présents ou représentés. Dans l'esprit des rédacteurs de l’article 4, il s'agissait bien, comme dans l’article 15, de compter, parmi les membres présents ou représentés, la majorité absolue puis la majorité relative des bulletins « oui » et des bulletins « non ». C'est tout simplement cela que recherchaient les rédacteurs : permettre qu'un candidat puisse être élu avec une majorité relative pour éviter 20 tours. Par exemple dans ce conseil de 40 membres, 15 « oui » contre 14 « non » et 11 abstentions suffiraient à élire un Vice-Président. Jamais les rédacteurs n'ont imaginé permettre qu'un seul bulletin portant le nom du candidat face à 39 votes blancs suffise à l'élire. C'est se moquer d'eux, c'est se moquer de nous que de prétendre le contraire ! Nous dénonçons un détournement pur et simple des intentions des rédacteurs.

 

A ceux qui contesteraient enfin que l’on puisse utiliser des bulletins « oui » et des bulletins « non » pour l’élection de personnes, il faut rappeler que, en application de la loi LRU, la liste des personnalités extérieures présentées au CA par le Président est bien approuvée par « oui » ou par « non ». Ce fut ainsi le cas récemment dans cette même salle. Au fond, dans le cas des Vice-Présidents, les statuts devraient utiliser également le terme d’approbation nécessitant simplement une majorité relative de « oui ». Au lieu de cela, nous nous livrons à une pitrerie grotesque.

Qui a jamais vu, en démocratie, une personnalité élue avec 100% des suffrages exprimés ? Est-ce bien digne de la République française dont l’université reste une des institutions emblématiques ? Certes, lors de certaines élections, les élections municipales par exemple dans de petites communes, certaines listes peuvent être élues avec 100% des voix. Mais cela uniquement quand aucune autre liste ne s’est constituée. Dans notre cas, c’est le Président qui maîtrise le nombre de candidats. Alors… C’est un peu comme si notre République promulguait le Parti unique, le candidat unique, la voix unique… On admettra que tout cela n’est pas très sérieux.

 

Au lieu de convenir simplement que ce mode de scrutin avait été préjudiciable il y a trois ans à la sérénité de notre université et qu’il le serait de nouveau cette année, l’équipe présidentielle s’est entêtée. Elle a préféré ne pas modifier les statuts durant les trois dernières années et réitérer aujourd'hui encore son interprétation honteuse de l’article 4.

 

C’est une erreur juridique grave, c’est aussi une erreur politique. Et j’en viens au second temps de cette intervention.

 

Une erreur politique pour au moins deux raisons.

La première, c’est que l’équipe présidentielle s’était engagée à modifier ces statuts. Cela est consignée dans tous les procès-verbaux de l’époque. On peut par exemple citer le PV du CEVU du 24 mars 2005 dans lequel est écrit : « Le Président redit qu’il est prêt à s’engager dans une nouvelle réforme des statuts, si une majorité le souhaite, mais, si elle est votée, elle ne pourra s’appliquer que pour les prochaines élections. » Nous y sommes... Je rappelle même que Philippe Baudorre avait été amené à demander une suspension de séance lors de sa précédente élection à la Vice-présidence du CA le 25 mars 2005 pour réfléchir sur sa situation considérant que les résultats obtenus, bien que lui permettant d’être élu, ne le satisfaisaient pas du fait même de l’inanité du mode de scrutin. Je cite le PV du 25 mars 2005 : « Il a hésité à démissionner car il constate qu’il n’a pas l’approbation collective à laquelle il aspirait. » Cette année-ci, la modification de la composition du CA provoquée par la loi LRU et en particulier la présence de huit personnalités désignées par le Président sur les 31 membres que comptent le conseil lui a permis d’obtenir de justesse la majorité absolue : 16 voix sur 31. Belle victoire !

Mais pourquoi l’équipe présidentielle n’a-t-elle pas tenu ses promesses ? Pourquoi la modification des statuts n’a-t-elle pas été présentée au CA ? Trois ans, c’est long. Faut-il y voir le signe d’une amnésie alors même que les conditions de ces élections et les polémiques qu’elles avaient suscitées avaient semblé si traumatisantes ? Faut-il y voir le signe d’un accommodement à l’idée selon laquelle le flou de ces statuts peut toujours servir… comme c’est encore le cas aujourd’hui ? Pas de procès d’intention. Mais pas de réponse non plus à cette question.

Qu'ont fait les élus PAR eux-mêmes lors de ces trois années ? Pourquoi n'ont-ils pas eux-mêmes proposé une modification des statuts ? C'est une question que vous pouvez légitimement vous poser. Une première réponse : ils n'en avaient hélas pas les moyens politiques. En effet, jusqu'à la loi LRU, l'article 21 de nos statuts réglait ainsi cette procédure : « Toute modification des statuts est adoptée à la majorité des 2/3 des membres en exercice du Conseil d'Administration. » Ils savaient donc qu'ils ne pourraient obtenir les 2/3 des voix au CA qu'à condition que l'équipe présidentielle défende, elle aussi, ce projet de révision.

Deuxième réponse : nous pensions, dès l'élection d'un nouveau président, que ce serait la première tâche du Conseil d'administration que de voter de nouveaux statuts. Nous l'avions annoncé clairement. D'autant, et c'est important, que la LRU a  modifié la donne, rendant obsolète une partie de l'article 21 : désormais, seule la majorité absolue du CA est requise pour adopter de nouveaux statuts. Il est donc beaucoup plus facilement envisageable d'obtenir la majorité requise pour améliorer ces textes que certains ont préféré prolonger autant qu'ils le pouvaient. Les membres de ce CEVU peuvent compter sur les élus PAR au CA pour qu'ils proposent rapidement une révision des statuts maintenant qu'ils en ont la latitude politique. Et quand nous pensons révision, nous ne pensons pas modification de quelques détails, mais bien refonte profonde des textes soit rendus caduques par la loi LRU, soit incohérents ou flous. Nous nous engageons à apporter sereinement notre part à l'amélioration de ces règles essentielles à notre vie universitaire.

 

Revenons à l'équipe présidentielle. Erreur politique donc de ne pas tenir ses promesses de révision des statuts et de manquer ainsi de considération à l’égard des élus des trois conseils. Erreur politique également car, aujourd'hui, cette mascarade démocratique va contribuer à nous maintenir dans un climat préjudiciable à l'ensemble des personnels et à l’institution elle-même. Comme pour l’intuitu personae sur laquelle le Président n’a pas voulu dialoguer, ici encore l’équipe présidentielle n’a pas souhaité anticiper les conditions de l’élection du Vice-Président du CEVU, ni même faciliter l’acceptation du candidat proposé par le Président, candidat que nous tenons à saluer cordialement tout en regrettant qu’il soit ainsi pris au piège du contexte politique difficile qui est le nôtre depuis le maintien en exercice du Président.

Chacun sait bien que les conditions ne sont pas strictement réunies pour qu’Olivier Laügt obtienne la majorité absolue dans ce conseil. Et ce pas seulement parce que la liste Montaigne 2012 a obtenu deux sièges de moins que la liste PAR, mais aussi et surtout parce que le maintien en exercice du Président a cristallisé une franche opposition à son égard depuis qu'il a refusé de reconnaître qu’il ne disposait plus de la confiance de la majorité des personnels et des étudiants. Mais, autour du Président, tout le monde fait comme si cela n’avait aucune importance. A croire même que pour certains, cela n’a réellement aucune importance. L’essentiel, ce serait donc l’élection aux vice-présidences, même si nous venons de voir ce qu’elle valait. L’essentiel, ce serait le pouvoir. Et le garder. Mais pour en faire quoi ? Pour gouverner et faire fonctionner l'université comment ?

Il me faut ici revenir sur une remarque prononcée par le Président lors de notre dernier CEVU, remarque qui m’est restée gravée dans la mémoire. Remarque en forme de conseil sinon d’avertissement qui, même si elle n'est pas précisément consignée dans le procès-verbal que nous venons d'approuver, disait ceci  : « la période électorale est passée, l’université doit retrouver son fonctionnement normal ». Or, il y aurait précisément à s’interroger sur ce qu’il faut entendre par « fonctionnement normal » que l'élection d'aujourd'hui est censée permettre. Malgré les élections du 19 février et le faible score infligé à l’équipe présidentielle sortante, les mêmes personnalités restent en place - Président, Vice-Président du CA - : est-ce cela un fonctionnement normal ? Se moquer totalement du résultat des élections et, à la faveur de dispositions de la loi LRU qui confirme la présidentialisation de notre institution avant même qu’on ait eu le temps de douter de ses effets, continuer comme si de rien n’était. Tranquillement, sans vergogne. C’est sans doute ce qu’il faut entendre par « fonctionnement normal ». Elire un vice-président issu de la liste minoritaire, c'est sans doute cela un fonctionnement normal !? Nous affirmons au contraire qu’il s’agit là d’un fonctionnement anormal, résultat du maintien anormal – mais légal – du Président ! Mais, qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes pas mauvais perdants, nous reconnaissons les faits. Les règles nous sont scandaleusement défavorables : qu’à cela ne tienne, nous serons patients et tenaces ! Cette patience et cette ténacité s'accompagneront de vigilance et de propositions, car nous comptons bien être des opposants constructifs par leur capacité à infléchir sur les décisions et à susciter des initiatives. Puis, le moment venu, quand toutes les manœuvres pour étouffer le scrutin du 19 au 22 février auront été épuisées, nous entendrons bien faire valoir notre légitimité à gouverner cette université.

En acceptant d’être maintenu encore un an dans les conditions que nous avons rappelées lors du dernier conseil, le Président a choisi délibérément de nous maintenir pendant un an en campagne électorale, dans l’attente de l’élection de son successeur. Il le sait parfaitement. Et il a beau jeu - il faut lui reconnaître cela - de s’amuser à nous dire : « la campagne électorale est terminée, tout redevient normal ». Comme un maître d’école sifflerait la fin de la récréation. Mais non, nous ne sommes pas dans la cour et la campagne continue, et rien ne pourra être normal jusqu’au 31 mars 2009. La preuve encore aujourd'hui.

C’est l’aspect le plus grave, le plus lourd de l’erreur politique commise par l’équipe présidentielle. Notre université avait besoin de se réformer dans la sérénité et la concertation. Il importait donc particulièrement de lui assurer les conditions de cette sérénité et de cette concentration. Cela imposait d'installer une équipe stable pour 4 ans. Au lieu de cela, nous voilà repartis pour une année où tous les coups seront permis.

Nous en voulons pour preuve les contradictions du Président qui, avant son maintien, disait clairement que les réformes pouvaient attendre – pour ne froisser personne - et qui depuis veut faire en un an ce qu’il n’a pas su faire en quatre.

Nous en voulons pour preuve également que l’équipe présidentielle en cours de constitution réunit des signataires de la fameuse lettre du 21 février qui, à la suite des élections du 19 février, appelait à la démission du Président et qu'il a lui-même considérée comme une trahison. Quelles qu’aient été les intentions de ces signataires, ils reconnaissaient le 21 février qu’à leurs yeux, le Président ne bénéficiait plus d’une légitimité suffisante pour gouverner et qu’ils devenait urgent aux élus du CA (et non aux personnalités extérieures) de désigner une nouvelle équipe. Je cite un extrait de cette lettre du 21 février co-signée par Olivier Laügt : « Ce scrutin n’est qu’une première étape. La prochaine sera la désignation du futur président et de son équipe. Nous avons défendu pendant cette campagne une position difficile mais claire : il reviendrait aux membres du futur CA, lors de leur première réunion, d’examiner si les conditions étaient remplies pour que puisse s’envisager, jusqu’en mars 2009, une cohabitation entre le président en exercice et la nouvelle équipe de direction. Or l’égalité que nous constatons aujourd’hui entre les deux listes ne permet pas d’identifier dès maintenant cette nouvelle équipe. Elle ne sera désignée que par un vote de l’ensemble des élus du CA, enseignants, BIATOS et étudiants. Cette situation ne peut pas durer. Il nous paraît donc souhaitable que le président Singaravelou se retire sans demander sa validation afin que le CA réduit à ses 22 élus puisse procéder le plus rapidement possible à l’élection du futur président, qui désignera à son tour ses vice-présidents. » Bien sûr, tous ces signataires se sont officiellement ravisés depuis, dès lors que ce même Président maintenu de justesse leur assurait de les maintenir à leur tour. Mais, avouons tous, tranquillement, sans polémiquer, que cela prête à sourire. Ce que personne ne manque de faire. Avant de trouver cela navrant et grave.

 

Erreur juridique, erreur politique. Nous considérons ce simulacre d’élection comme préjudiciable à notre institution à double titre, et sur le plan de ses principes démocratiques, et sur le plan de sa gouvernance.

Nous invitons donc tous les membres de ce conseil à peser gravement le sens de leur choix au moment du scrutin. Nous aurions pu voter blanc, ce qui sonnerait comme une défiance à l'égard du mode d'élection - et nous savons que plusieurs élus qui partagent ici notre analyse choisiront cette solution et nous comprenons parfaitement leur position, mais les élus PAR préfèrent ne pas participer au vote pour se démarquer plus encore de ce simulacre. Il s’agira bien sûr d’un acte symbolique mais dont la force nous paraît autrement plus importante que celle d'une telle mascarade démocratique.

 

Nous n’oublions pas cependant de féliciter à l’avance - ce qui est plus cocasse - Olivier Laügt d’avoir été brillamment élu, dans quelques minutes, à l’unanimité des suffrages exprimés. Mais nous ajoutons immédiatement que nous préférons ne pas être à sa place.


M. Patrick Baudry prend la parole au nom de la liste PAR pour donner lecture du texte suivant, rédigé collectivement, et exprimant la synthèse d’une parole plurielle mais dont ce texte atteste la cohérence :

Monsieur Singaravelou :

Nous sommes aujourd’hui convoqués pour l’élection au Conseil scientifique de l’« intuitu personae ».

Avant d’expliquer les motifs de notre position collective face au vote prévu par l’ordre du jour, permettez-nous dans un premier temps de nous étonner par oral, comme plusieurs l’ont déjà fait par écrit, de nous être trouvés convoqués dans une telle urgence. L’on peut comprendre qu’il faille remettre l’université en marche rapidement, après la longue période de latence que vous avez souhaitée afin de pouvoir négocier votre maintien par le CA. Mais il faut la remettre en marche dans de bonnes conditions. Or la première de ces conditions est que soit respecté un délai minimum entre réception de la convocation et tenue du Conseil, permettant aux Conseillers de s’organiser. Un délai légal de 15 jours francs, même s’il n’est pas inscrit dans les statuts, est le délai de rigueur dans toute association ou syndic, un délai de huit jours francs pouvant être envisagé en cas de convocation extraordinaire pour une convocation qui devrait être acheminée aussi par voie postale. En énonçant que toute demande de mise de question à l’ordre du jour du Conseil doit parvenir à la présidence au moins huit jours avant la tenue du dit Conseil, les statuts de notre université énoncent implicitement que la convocation indiquant la date du Conseil doit parvenir aux conseillers plus de huit jours avant cette date : au moins dix jours, si l’on tient compte des délais minimum d’acheminement du courrier. Dans tous les cas, nous demandons qu’à l’avenir  l’ordre du jour ainsi que  les documents nécessaires à un examen serein par le Conseil soient  portés à la connaissance des Conseillers dans un délai de quinze jours francs. Les aléas du courrier interne, ajoutés au délai resserré entre l’envoi de la convocation et la date prévue pour le Conseil font que certains collègues n’ont trouvé leur convocation qu’il y a deux jours. Nous dénonçons cette précipitation soudaine imposée aux Conseillers et demandons que le délai minimum entre réception de la convocation et tenue du Conseil soit respecté. Vous allez néanmoins constater que cette dénonciation ne se traduit pas par une volonté de bloquer le fonctionnement de l’institution, mais au contraire, d’en assurer la bonne marche.

Concernant l’ordre du jour de la présente séance, à savoir l’élection de l’intuitu personae, nous tenons à vous faire connaître, et à faire connaître au Conseil les raisons collectives, institutionnelles et politiques, de notre vote négatif, décidé collectivement, quant à la candidature que vous proposez.

Nous nous trouvons aujourd’hui, après le vote du Conseil d’Administration du 7 avril, dans une situation pour le moins singulière, et qu’il faut rappeler. Elle détermine en effet le cadre politique dans lequel nous sommes appelés à travailler et par rapport auquel nous devons aujourd’hui, ainsi que pour l’avenir, nous positionner clairement. Vous connaissez l’argumentaire que je vais résumer, mais c’est la première fois que nous l’exposons dans l’enceinte de ce nouveau Conseil Scientifique, où il va déterminer notre positionnement, et c’est donc à l’ensemble du Conseil que nous nous adressons. Le constat de départ est que l’université a désormais à sa tête un président dont le maintien a été voté le 7 avril contre une large majorité d’élus enseignants, étudiants et Biatoss, dont 13 d’entre eux s’étaient publiquement engagés sur son non-maintien. Ce maintien a été obtenu avec l’appui déterminant  des élus du CA non-membres de l’université, à savoir les personnalités extérieures. Finalement, face au l’égalité des voix pour et contre le maintien : 14 voix pour, 14 contre, c’est la voix prépondérante du président lui-même, qui a donc pu voter 2 fois pour son propre maintien, qui a départagé le score. Au bout du compte, le président a été maintenu avec l’appui de seulement 8 voix sur les 22 élus de la communauté universitaire, au sein de laquelle il est donc largement minoritaire.

Ce processus est conforme à la présidentialisation voulue par la loi LRU qu’une très large majorité d’entre nous ont dénoncée à plusieurs reprises, y compris au sein de l’assemblée générale extraordinaire des 3 Conseils le 28 novembre 2007. Il crée cependant  un décalage inquiétant entre un pouvoir présidentiel appuyé sur les personnalités extérieures et la communauté universitaire, telle qu’elle a pu exprimer sa volonté lors des élections aux 3 Conseils du 19 février dernier. Celles-ci ont, chez les enseignants-chercheurs, dans chacun des 3 Conseils et dans l’ensemble des 3 Conseils, tous collèges confondus, donné à nos listes PAR une large majorité : 57,4% des voix (56,03% au CS). Ce vote nous investit d’une responsabilité particulière.

On peut, en s’abritant derrière la loi électorale LRU, qui fait que la majorité des votes ne se traduit pas en majorité équivalente de sièges au Conseils,  vouloir ignorer cet état de fait. Ce serait pourtant contraire à l’esprit de la démocratie, nul ne peut le nier. Ajoutons que ce serait institutionnellement dangereux. Ceci voudrait dire en effet qu’en invoquant, comme on l’a pu l’entendre, des arguments tels que « c’est la politique » ou « c’est la loi », on trouve normal d’imposer un pouvoir à une majorité d’électeurs qui n’en ont pas voulu. Ceci ne peut être que politiquement néfaste dans un contexte où il importe que la communauté universitaire soit le plus soudée possible face aux réformes délicates dans lesquelles elle se trouve, parfois contre sa propre volonté, engagée. Ceci en effet ne peut qu’accroître des divisions et des frustrations qui fragilisent notre institution dans une conjoncture où il importe, au contraire, de la renforcer.

Il y a dans cette affaire deux légitimités, deux conceptions de la légitimité, surtout, qui s’affrontent, une légitimité légale, ou légaliste, et une légitimité démocratique, ou démocrate. Cette scission, qui fissure de l’intérieur un pouvoir légalement légitime mais démocratiquement illégitime est néfaste pour tous. Elle porte un déni de l’expression majoritaire de tous ceux qui permettent, jour après jour, le bon fonctionnement de notre université. Elle porte aussi le déni du droit à la représentation, dans les plus hautes instances, de ceux qui, dans ce système hautement hiérarchisé, occupent les postes considérés comme les moins prestigieux.

Il existe un remède. Conformément à ce que nos listes PAR ont préconisé dans leurs programmes sur la gouvernance, ceci implique que l’on redonne aux Conseils la  véritable capacité de proposition, de débat et de décision dont ils ont été trop souvent privés lors de la dernière mandature. Ceci vaut, autant que pour les autres, pour le Conseil Scientifique. Les Conseils doivent jouer, face à une présidentialisation dont les risques sont désormais avérés, un véritable rôle de contre-pouvoir.  Ceci implique que tous les dossiers, toutes les informations leur soient communiqués en temps utile, et plus encore, qu’ils soient non seulement informés, mais encore consultés quant aux propositions ou aux décisions émanant du pouvoir présidentiel. Tout particulièrement, il importe pour la sante de notre institution que soient consultés les enseignants-chercheurs élus de la liste PAR, investis par  le scrutin du 19 février d’une responsabilité en tant que représentants de la majorité démocratique.

En l’occurrence, force est de constater que l’extrême brièveté des délais imposés aujourd’hui a privé les Conseillers du temps de la concertation nécessaire à une prise de position sereine face à l’ordre du jour. Force est également de constater qu’aucune concertation entre la présidence et nos élus n’a eu lieu.

En l’absence du respect de toute procédure d’information et de consultation préalable, les enseignants-chercheurs de la liste PAR, appelant l’ensemble des élus qui font le même constat à les rejoindre, refuseront de jouer le rôle de chambre d’enregistrement. Telle sera notre position aujourd’hui, telle sera notre position à l’avenir. Non pas celle d’une opposition systématique, mais d’une opposition vigilante et constructive, pour l’intérêt commun, exigeant une concertation salutaire. A terme, nos élus œuvreront aussi pour concrétiser, dans les marges de manœuvre existant au sein des Conseils, les propositions développées dans leurs programmes, notamment, ici, leur programme pour une politique scientifique d’université.

Ne voyez donc pas dans notre refus l’expression d’une mauvaise humeur passagère. Notre sens des responsabilités nous oblige à rappeler que l'absence de politique scientifique digne de ce nom, durant les années du précédent mandat de Monsieur Singaravelou, et que le mode de gouvernance improvisée ou obscure de son équipe ont été dénoncés et rejetés par une majorité forte de nos collègues enseignants-chercheurs. Nous entendons ainsi montrer dès aujourd’hui notre souci de veiller très attentivement à toutes les décisions du conseil scientifique, et notre détermination à nous opposer, jusque publiquement, à toute dérive préjudiciable à chacun des membres de notre communauté et à celle-ci dans sa globalité.

Pour l’immédiat, nous constatons que nous avons à savoir aujourd'hui, en séance, le nom de l'intuitu personae proposée par la présidence, sans aucune consultation préalable et encore une fois dans l'urgence d’un vote sous pression. Or nous avons pu constater lundi 7 avril le rôle déterminant de ces personnalités extérieures. C'est pour ces raisons que les membres de la liste PAR présents à ce conseil  voteront  "non" et appellent toutes celles et ceux qui partagent leur analyse à voter « non » à la proposition émanant de la présidence. Notre position ne concerne aucunement les qualités éventuelles de la personne proposée. Nous avons souhaité rompre, précisément, avec la politique de la  « personnalisation » qui a été celle de l’équipe passée ; bien au contraire, nous nous plaçons au niveau de la clarté et de la transparence des procédures. Ici comme ailleurs, la désignation par le Conseil des personnalités extérieures ne doit pas être l’expression de la seule volonté présidentielle, mais doit se faire dans le sens d’une adéquation entre le bon fonctionnement des institutions et la volonté de travailler avec des personnes reconnues collectivement comme les partenaires le mieux à même de servir notre intérêt général.

Malgré l’urgence imposée, nous nous sommes mis d’accord pour proposer le nom de Xavier Daverat, professeur à l’Université voisine Montesquieu-Bordeaux IV, spécialiste des questions de droit intellectuel, responsable à Bdx4 de deux Masters : Droit et Administration des Etablissements Culturels et Droits des Propriétés intellectuelles, et chargé de  mission responsable du service culturel de Bdx IV.

La candidature de Monsieur Daverat nous parait intéressante à plusieurs titres. D’abord, dans la perspective d’une accélération souhaitable des dynamiques de collaboration, tant au niveau des formations qu’au niveau de la recherche, entre les établissements partenaires du PRES, il nous a paru intéressant d’associer directement à nos réflexions un membre d’une de nos universités partenaires, où ses activités lui ont par ailleurs donné une certaine familiarité avec le terrain environnant, puisqu’il collabore, dans le cadre de ses mastères, aussi bien avec l’ISIC, chez nous, qu’avec l’IEP, l’IUT ou l’INA. La position d’extériorité relative de Monsieur Daverat vis-à-vis des composantes spécifiques de notre communauté de chercheurs le place en position de recul et de neutralité favorable à la défense de l’intérêt collectif plutôt que d’intérêts particuliers –autre élément qui plaide en faveur de sa candidature. Ajoutons que l’expérience importante de Monsieur Daverat en matière d’animation culturelle – il a travaillé pendant 6 ans comme animateur responsable d’émissions culturelles quotidiennes à Radio France, a collaboré pendant 10 ans à Jazz Magazine, et continue à intervenir régulièrement dans le cadre d’événements culturels organisés par les collectivités territoriales et les associations, le place en situation intéressante pour favoriser une irrigation de la recherche vers la société civile et ses activités culturelles, ce qui en SHS constitue une dimension importante, peut-être d’ailleurs insuffisamment développée, des retombées de notre recherche, souvent un peu confidentielle. Monsieur Daverat, grand amateur et spécialiste de littérature, musique, cinéma – notamment mais non seulement américain, est l’auteur de nombreux ouvrages. Peut-être peut-on ajouter que sa présence à nos côtés en tant que juriste – et juriste d’une probité exemplaire — pourrait à l’occasion s’avérer précieuse face à des questions de droit que nous ne sommes pas toujours en mesure de résoudre …si tant est que le droit soit là pour résoudre les questions. Voici donc quelques unes des raisons qui nous amènent à proposer au Conseil Scientifique sa candidature, avec son accord.

Patrick Baudry pour les 12 élus de la liste PAR

 

M. Jean-Yves Coqueln prend la parole au nom de la liste PAR pour donner lecture du texte suivant, rédigé collectivement :

Je voudrais m’adresser à tous les membres de ce conseil pour vous exposer la position des élus PAR, au nom desquels je m’exprime ici, concernant l’approbation de la proposition présidentielle qui nous est faite en vue de pourvoir le siège de personnalité extérieure au titre de l’intuitu personae.

Mais auparavant, je tiens à évoquer le contexte dans lequel nous nous trouvons depuis quelques mois. Le vote de la loi LRU le 10 août 2007 par l’assemblée nationale n’a pas seulement modifié les responsabilités des universités et renforcé la présidentialisation de la gouvernance, il a aussi entraîné l’interruption des mandats des précédents élus aux trois conseils de notre université. Personne ne le souligne, mais il faut ici rappeler que la loi s’est permis de priver tous les élus - qu’il convient de saluer et de remercier à cette occasion - d’exercer leur responsabilité jusqu’au terme de leur mandat qui devait s’achever en 2009. Tous les élus sauf un… le président, qui a pu bénéficier d’une délibération du conseil d’administration le 7 avril dernier lui permettant d’effectuer intégralement son mandat de 5 ans jusqu’au 31 mars 2009, en amputant ainsi au passage le mandat de son successeur qui ne sera lui que de trois années.

Nous savons dans quelles conditions s’est déroulé ce maintien. Malgré l’avis d’une majorité de 14 membres élus du CA sur les 22 qu’il comprend expliquant clairement qu’ils voteraient contre le maintien afin d’installer un nouvel exécutif pour les quatre prochaines années, le président de cette université à été maintenu de justesse lundi 7 avril grâce aux suffrages des personnalités extérieures (qu’il a lui-même proposées) et de sa voix prépondérante, et nanti du seul soutien de 8 représentants au plus des personnels et des étudiants. Les élus de la liste PAR avaient accepté d’approuver la liste des personnalités extérieures présentée par le Président pour ne pas bloquer le processus démocratique. Ils espéraient que ces personnalités considéreraient que la délibération importante à laquelle elles étaient exceptionnellement conviées était d’une nature telle qu’elles s’abstiendraient de voter considérant qu’il s’agissait là d’un choix interne à l’université. Malgré cela, au moins cinq d’entre elles se sont exprimées en faveur du maintien. Cet épisode qui, sous couvert de légalité, bafoue l’expression démocratique des personnels et des étudiants de cette université, nous invite aujourd’hui à plus de circonspection quant à l’approbation des personnalités extérieures dont le poids, on le voit, n’a fait que se renforcer sous l’impulsion de la LRU.

Or, pour l’élection aujourd’hui de l’intuitu personae du CEVU, nous faisons deux constats.

Le premier, c’est que nous n’avons aucunement été informés du choix présidentiel qui nous est présenté aujourd’hui. Nous le regrettons tant cette décision ne peut être prise à la légère et sur la seule foi des informations qui nous sont à présent livrées. Nous avons fait une grande partie de notre campagne sur l’amélioration des voies d’information de l’ensemble des personnels, des étudiants et de leurs élus. Nous considérons que l’une des plaies de la gouvernance, telle qu’elle a été pratiquée ces dernières années, c’est de n’avoir jamais suffisamment privilégié la concertation, la discussion au point de mettre les élus des conseils en position de devoir trop souvent accepter sans sourciller des décisions prises en amont de peur de bloquer le fonctionnement de notre établissement. Nous demandons à l’avenir que les conseils, et ici le CEVU, puissent exercer pleinement leur fonction délibérative. Cela passe par une information préalable et, je le souligne au passage, par l’élaboration d’un calendrier prévisionnel des réunions qui permette à chaque élu de se rendre disponible et par l’envoi d’une convocation qui respecte les délais usuels, à savoir au moins huit jours avant la date de la réunion et de préférence quinze jours tant que les statuts – rendus en grande partie caduques par la loi LRU – n’auront pas été utilement modifiés et précisés. Nous nous engageons à veiller scrupuleusement à ce que l’information des élus soit satisfaisante et que les délais de convocation soient respectés.

Le second constat, qui n’est que la conséquence du premier, c’est que cette proposition n’a fait l’objet d’aucune consultation préalable des listes majoritaires des collèges enseignant, des organisations étudiantes et des syndicats ou liste d’élus BIATOS. Faute d’avoir pu obtenir cette concertation qui nous semblait pourtant une évidence et qui aurait pu apparaître comme une marque de considération, nous ne pouvons que refuser la candidature avancée et ce indépendamment de la qualité de la personne qui nous est proposée aujourd’hui.

Nous préférons présenter au Conseil une autre candidature, celle de Monsieur Joël Brouch, directeur de l’Office Artistique de la Région Aquitaine. L’entrée dans ce conseil d’une telle personnalité présenterait plusieurs intérêts que je voudrais à présent exposer.

Le Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire est certes consulté sur les orientations des enseignements de formation initiale et continue, sur les demandes d'habilitation et les projets de nouvelles filières et sur l'évaluation des enseignements, l'orientation des étudiants et leur insertion professionnelle mais il a aussi pour fonction de favoriser les activités culturelles, sportives, sociales ou associatives. Cette dernière dimension de nos travaux doit, nous le croyons, être davantage valorisée, tant l’avenir de notre établissement dépend de sa capacité à mobiliser ses ressources internes mais aussi externes pour développer sa présence dans le champ culturel et associatif. Or, l’un de nos premiers partenaires pour réussir dans cette voie, c’est le Conseil Régional d’Aquitaine. L’entrée du directeur de l’OARA, l’une des agences culturelles du Conseil Régional, serait de nature à sensibiliser la région aux initiatives étudiantes comme aux projets pédagogiques qui s’appuient sur l’ouverture de l’université à l’espace public, toutes disciplines confondues.

Depuis longtemps déjà, l’OARA est un partenaire régulier du service culturel de l’université et a prouvé son attachement à soutenir nos projets. Cet organisme impliqué dans le champ du spectacle vivant mais aussi dans celui de la transmission des savoirs dans le domaine culturel, par la voix de son directeur, pourrait apporter son expertise sur les dossiers que nous serons amenés à soutenir. Y compris dans le cadre du plan Campus.

L’accord que Joël Brouch a bien voulu nous donner de participer assidûment à nos travaux s’il était élu, est une occasion de tisser des liens plus étroits entre l’université et une personnalité influente de la sphère culturelle et du monde associatif. Sa volonté, qu’il a manifestée à de nombreuses reprises, de favoriser l’inscription de l’université dans le territoire aquitain par le biais de manifestations culturelles ou de rencontres professionnelles est un gage de son intention de porter avec nous un regard bienveillant sur toutes les mesures que nous serons amenés à préconiser pour valoriser, à l’échelle de la région, l’image de notre université et de ses acteurs.

Je sais, en outre, pour en avoir longuement discuté avec lui, que c’est un homme qui défend l’idée d’un service public d’éducation ouvert à tous, capable de répondre aux demandes nouvelles de formation – en particulier professionnelle et continue. Il est comme beaucoup d’entre nous ici, extrêmement sensible au fait que se développe ces dernières années un marché privé de la formation – dont la qualité n’est pas toujours indiscutable – que l’université n’est pas encore à même de concurrencer efficacement. Il travaillera à nos côtés pour que nous sachions élaborer une offre de formation susceptible de mieux prendre en compte les besoins recensés du marché de l’emploi tout en garantissant un haut niveau de connaissances et d’exigence critique qui reste notre atout majeur.

Ancien étudiant de cette université avant d’être directeur du théâtre de Villeneuve–sur-Lot, directeur de l’action culturelle et du développement territorial à l’Opéra de Bordeaux puis jeune directeur de l’OARA (vous trouverez toutes les précisions dans le document qui vous est distribué maintenant), il aura à cœur, s’il entre dans notre conseil, de prendre en compte les spécificités de notre établissement qu’il connaît bien, pour nourrir notre projet mutuel de le voir rayonner davantage tant par le dynamisme de ses formations que par sa présence dans la vie culturelle régionale.

Pour toutes ces raisons, nous soutenons sa candidature et appelons les membres de ce conseil à l’élire au titre de l’intuitu personae.

Jean-Yves Coquelin pour les 8 élus de la liste PAR

 

 

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